Pourquoi les îles Kouriles opposent toujours la Russie et le Japon

La visite de Vladimir Poutine sur l’île d’Itouroup a ravivé un différend territorial hérité de la Seconde Guerre mondiale.
La visite de Vladimir Poutine sur l’île d’Itouroup, l’une des îles disputées entre la Russie et le Japon, a provoqué une réaction immédiate des autorités japonaises. Ce différend porte sur quatre îles situées au nord du Japon, revendiquées par Tokyo mais administrées par Moscou depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Au-delà de la question de souveraineté, les îles Kouriles concentrent des intérêts économiques et militaires. Elles abritent des ressources minières, sont entourées d’eaux très poissonneuses et occupent une position importante pour l’accès russe au Pacifique. Faute d’accord sur leur statut, la Russie et le Japon n’ont toujours pas conclu de traité de paix officiel depuis 1945.
Quelles sont les îles contestées entre la Russie et le Japon ?
Les îles Kouriles forment un archipel volcanique situé entre la péninsule russe du Kamtchatka et l’île japonaise d’Hokkaido. Environ 20 000 Russes y vivent aujourd’hui, selon la vidéo source.
Le désaccord actuel concerne quatre îles proches du Japon. Tokyo les désigne comme les « territoires du Nord » : Kunashiri, Habomai, Shikotan et Etorofu. La Russie les considère, elle, comme faisant partie intégrante des Kouriles et utilise des appellations très proches : Kunashir, Abomay, Shikotan et Itouroup.
Cette divergence de vocabulaire reflète surtout une opposition fondamentale sur le statut du territoire. Pour le Japon, les quatre îles ne relèvent pas des Kouriles auxquelles le pays a renoncé après la guerre. Pour la Russie, elles en font partie et appartiennent donc au territoire russe.
Un différend ancré dans l’histoire de la Seconde Guerre mondiale
Depuis le XIXe siècle, les îles ont changé plusieurs fois de souveraineté au gré des conflits et des accords conclus entre la Russie et le Japon. Le tournant majeur intervient à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
En 1945, lors de la conférence de Yalta, les Alliés demandent à Joseph Staline, alors dirigeant de l’Union soviétique, d’entrer en guerre contre le Japon afin d’accélérer la fin du conflit. Selon la position russe rapportée dans la vidéo, un accord aurait prévu l’attribution des îles Kouriles à l’URSS en échange de cette intervention. Cette interprétation a toutefois été contestée par les États-Unis.
L’Union soviétique déclare la guerre au Japon le 8 août 1945, quelques jours après le largage de la bombe atomique sur Hiroshima. Les forces soviétiques prennent alors le contrôle des îles dans les derniers jours de la guerre.
Environ 17 000 habitants japonais sont expulsés de l’archipel. Cet exode s’achève en 1947. Les anciens habitants japonais et leurs descendants n’ont pas pu revenir s’y installer, d’après la transcription. Certains, aujourd’hui très âgés, demandent toujours la restitution de ces territoires.
Le traité de San Francisco au cœur du désaccord
En 1951, le traité de San Francisco officialise la paix entre le Japon et les puissances occidentales. Le Japon renonce alors aux îles Kouriles. Mais Tokyo soutient que cette renonciation ne vise pas les quatre îles les plus proches d’Hokkaido, qu’il considère comme distinctes de l’archipel des Kouriles.
C’est ce point qui structure encore le différend. Le Japon revendique Kunashiri, Habomai, Shikotan et Etorofu comme faisant partie de son territoire. La Russie rejette cette lecture et estime que ces îles sont russes.
En l’absence de compromis, les deux pays n’ont jamais signé de traité de paix officiel depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. La question territoriale demeure donc un obstacle durable à la normalisation complète de leurs relations.
La visite de Vladimir Poutine sur Itouroup
Dans ce contexte, Vladimir Poutine s’est rendu sur place, une première pour le président russe selon la vidéo. Après un passage à Sakhaline, une grande île située au nord des Kouriles, il a rejoint l’île d’Itouroup.
À Sakhaline, il avait présidé une réunion consacrée à la sécurité des frontières orientales de la Russie. Sur Itouroup, il a notamment visité le navire amiral de la flotte russe du Pacifique, une usine de transformation de poisson et une école.
La dernière visite d’un président russe sur ces îles remontait à 2010, avec Dmitri Medvedev. Elle avait déjà suscité la colère du Japon. Cette nouvelle visite a entraîné une protestation officielle de Tokyo.
La Première ministre japonaise Sanae Takaichi a qualifié le déplacement d’« absolument inacceptable », estimant qu’il heurtait les sentiments du peuple japonais. Le ministre japonais des Affaires étrangères a également protesté auprès de l’ambassadeur russe, convoqué pour l’occasion. Il a rappelé la position de Tokyo selon laquelle ces îles font toujours partie du territoire japonais.
Des ressources et une position stratégique pour la Russie
La dispute ne repose pas uniquement sur l’héritage historique. Les îles présentent aussi des intérêts économiques. Leur sous-sol contient notamment de l’or et de l’argent. Les eaux qui les entourent figurent parmi les plus riches au monde pour la pêche, selon la transcription.
Leur importance est également militaire et maritime. Elles permettent à la flotte russe d’accéder au Pacifique durant toute l’année, y compris en hiver, lorsque la mer d’Okhotsk est en partie gelée. Pour Moscou, ce passage constitue donc un enjeu essentiel.
La Russie refuse, dans ces conditions, de céder ces territoires. Vladimir Poutine a rejeté les critiques japonaises avant sa visite, assurant que la Russie ne représentait aucune menace pour le Japon. Il a aussi accusé le Japon de maintenir des revendications territoriales à l’encontre de la Russie.
Des relations encore plus tendues depuis 2022
Les relations russo-japonaises se sont davantage dégradées depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en février 2022. En réponse aux sanctions adoptées par le Japon, la Russie a suspendu les négociations de paix ainsi que les visites sans visa destinées aux résidents japonais.
De son côté, le Japon a de nouveau qualifié la présence russe sur l’archipel d’« occupation illégale », une expression qu’il n’avait plus employée depuis 2003, d’après la vidéo. Le pays évoque également des incidents en mer et dans les airs, qui conduisent l’armée japonaise à faire décoller ses avions en urgence des centaines de fois chaque année.
Dans son livre blanc sur la défense, le Japon a alerté début août sur les menaces qu’il attribue à la Russie, à la Chine et à la Corée du Nord. Ce document présente l’analyse du gouvernement japonais sur les questions de sécurité et de défense.
Le différend des îles Kouriles s’inscrit ainsi dans un contexte régional plus vaste, marqué par les préoccupations sécuritaires japonaises et par une relation russo-japonaise déjà fortement dégradée.
FAQ sur le différend des îles Kouriles
Pourquoi la Russie et le Japon se disputent-ils les îles Kouriles ?
Les deux pays ne s’accordent pas sur le statut de quatre îles. Le Japon les considère comme ses « territoires du Nord », tandis que la Russie les considère comme une partie des Kouriles relevant de son territoire depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Pourquoi ces îles sont-elles stratégiques ?
Elles offrent à la Russie un accès au Pacifique toute l’année pour sa flotte, y compris lorsque la mer d’Okhotsk est partiellement gelée. Elles disposent aussi de ressources minières et de zones de pêche importantes.
La Russie et le Japon ont-ils signé un traité de paix ?
Non. En raison notamment du différend territorial sur les quatre îles, les deux pays n’ont toujours pas signé de traité de paix officiel depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Source vidéo : La tension éclate entre Poutine et le Japon, explications.



