Yémen : pourquoi le détroit de Bab el-Mandeb devient un nouveau point de tension stratégique

Les avancées des Houthis vers la côte de la mer Rouge font craindre une perturbation supplémentaire des routes maritimes, dans un contexte déjà marqué par les tensions autour du détroit d’Ormuz.
Le détroit de Bab el-Mandeb est redevenu un enjeu majeur du conflit au Yémen. Les Houthis, soutenus par l’Iran selon leurs adversaires, ont intensifié leurs offensives afin d’étendre leur contrôle territorial vers la côte de la mer Rouge. Face à eux, les forces gouvernementales yéménites, soutenues par l’Arabie saoudite, ont annoncé des contre-offensives et des frappes.
Cette évolution inquiète au-delà du Yémen. Situé entre la péninsule Arabique et l’est de l’Afrique, Bab el-Mandeb est une route maritime stratégique pour les échanges entre l’Asie, l’Europe et le Moyen-Orient. Une perturbation durable de ce passage pourrait allonger les trajets des navires, renchérir le transport maritime et peser sur les prix de l’énergie.
Un conflit yéménite qui se réactive
La guerre au Yémen a éclaté en 2014, sur fond de difficultés sociales, économiques et politiques. Elle oppose les Houthis aux forces gouvernementales. En 2015, une coalition conduite par l’Arabie saoudite est intervenue pour appuyer le gouvernement yéménite, tandis que les Houthis sont soutenus par l’Iran.
Les deux camps ont été largement accusés d’avoir causé des victimes civiles. Le conflit a également profondément dégradé l’économie du pays et aggravé la crise humanitaire. Selon les éléments communiqués par l’ONU, plus de 22 millions de personnes dépendent de l’aide humanitaire au Yémen. Environ 400 000 personnes auraient perdu la vie depuis le début de la guerre.
Les Houthis contrôlent actuellement environ un tiers du territoire yéménite, surtout dans le nord-ouest du pays, où se trouve Sanaa, la capitale. Une trêve négociée sous l’égide de l’ONU en 2022 avait fortement réduit l’intensité des combats, sans toutefois y mettre un terme définitif.
Ces derniers jours, les affrontements se sont de nouveau intensifiés. Les Houthis ont lancé des offensives pour gagner du terrain et renforcer leur présence près de Bab el-Mandeb. Le gouvernement yéménite affirme de son côté avoir repris plusieurs localités et affiche l’objectif de reconquérir Sanaa, contrôlée par les Houthis depuis plus de dix ans.
Des combats sur fond de tensions avec l’Arabie saoudite
La situation militaire yéménite est aussi liée aux relations tendues entre les Houthis et l’Arabie saoudite. En juillet, les Houthis ont accusé Riyad d’avoir frappé l’aéroport international de Sanaa afin d’empêcher l’atterrissage d’un avion iranien. Ils ont ensuite revendiqué des bombardements contre le sud de l’Arabie saoudite en représailles.
Depuis septembre, les échanges de frappes ont repris. Les médias officiels houthis ont déclaré que leurs forces continueraient de viser les « artères économiques » saoudiennes tant que l’Arabie saoudite poursuivrait ses opérations militaires et maintiendrait ses sanctions contre le Yémen.
Plusieurs ONG et médias font état de près de 20 000 personnes ayant fui les combats depuis le 3 septembre. Plus de 500 personnes auraient été tuées, principalement parmi les combattants des deux camps. L’ONU considère désormais que le Yémen a officiellement replongé dans la guerre.
Moka et l’île de Perim au cœur des annonces
Dans ce contexte, les Houthis ont annoncé avoir pris le contrôle de la ville portuaire de Moka et poursuivre leur progression. Les forces soutenues par l’Arabie saoudite, qui contrôlaient la ville, ont évoqué une offensive planifiée et soutenue par l’Iran.
Les Houthis auraient également capturé l’île de Perim, aussi appelée Mayyun, située au centre du détroit. Un responsable yéménite a indiqué à l’AFP que l’ensemble de la côte yéménite bordant la mer Rouge serait désormais sous contrôle houthi. Ces informations s’inscrivent dans une situation évolutive et doivent être appréciées avec prudence.
Selon un responsable américain cité par CNN, des centaines d’officiers iraniens se trouveraient au Yémen et travailleraient aux côtés des Houthis dans le but de fermer définitivement le détroit. Cette affirmation intervient alors que les forces gouvernementales et saoudiennes accusent régulièrement Téhéran d’appuyer les capacités militaires houthies.
Pourquoi le détroit de Bab el-Mandeb est essentiel
Le détroit de Bab el-Mandeb sépare le Yémen de la Corne de l’Afrique. Il relie la mer Rouge au golfe d’Aden et permet aux navires de rejoindre le canal de Suez, en Égypte. Il constitue donc une voie directe entre l’océan Indien, la Méditerranée et les marchés européens.
Environ 10 % du commerce mondial et des millions de barils de pétrole transiteraient chaque jour par ce passage. Si la navigation y était fortement menacée ou interrompue, les navires reliant l’Asie à l’Europe devraient contourner le continent africain. Cette solution rallongerait considérablement les trajets, avec des coûts supplémentaires pour les transporteurs et leurs clients.
Le détroit a acquis une importance accrue depuis que l’Arabie saoudite a commencé à rediriger une partie de ses exportations pétrolières par Bab el-Mandeb, à la suite du blocage du détroit d’Ormuz en février. Les tensions autour d’Ormuz restent elles aussi un facteur d’incertitude pour les flux maritimes, comme le montre la situation du détroit d’Ormuz et les rivalités autour de son contrôle maritime.
Le risque pour le pétrole et le commerce international
Les Houthis ont déclaré ne pas représenter une menace pour la navigation internationale. Ils ont toutefois répété leur intention de cibler les navires saoudiens. Ils avaient déjà menacé et attaqué certains de ces bâtiments en soutien à l’Iran depuis le début de la guerre en février.
La crainte des marchés porte sur le cumul des perturbations. Si le détroit d’Ormuz demeure fortement entravé et si Bab el-Mandeb devient à son tour difficilement praticable, deux passages maritimes majeurs pour les hydrocarbures et les marchandises seraient simultanément affectés.
Le prix du Brent, référence internationale du pétrole, a ainsi dépassé de nouveau les 100 dollars jeudi, atteignant son plus haut niveau depuis mai. Les tensions sur les routes maritimes et l’offre énergétique peuvent se répercuter sur les prix des carburants. En France, ces hausses sont déjà suivies de près, alors que les prix des carburants ont fortement progressé sur fond de perturbations de l’offre mondiale.
Une fermeture effective de Bab el-Mandeb n’est pas établie à ce stade. Mais la progression des combats vers la côte, les annonces de prises de positions stratégiques et la persistance des tensions régionales renforcent les inquiétudes sur la sécurité de cette route maritime.
Une crise régionale aux implications plus larges
Le contrôle de Bab el-Mandeb dépasse le seul cadre de la guerre yéménite. Si les Houthis parvenaient à contrôler durablement le détroit, l’Iran et ses alliés disposeraient d’une influence sur deux points de passage particulièrement sensibles : Bab el-Mandeb et le détroit d’Ormuz.
Cette perspective pourrait accroître l’implication de l’Arabie saoudite et des États-Unis, déjà concernés par la sécurité maritime régionale. L’ONU a appelé à une désescalade, mais les opérations militaires en cours ne permettent pas, pour l’instant, de confirmer l’ouverture d’une sortie de crise.
FAQ
Où se trouve le détroit de Bab el-Mandeb ?
Il se situe entre le Yémen et l’est de l’Afrique. Il relie la mer Rouge au golfe d’Aden et ouvre la route vers le canal de Suez.
Pourquoi une perturbation de Bab el-Mandeb affecterait-elle le commerce mondial ?
Ce passage est emprunté par une part importante du commerce maritime et par des flux pétroliers. Son évitement obligerait les navires entre l’Asie et l’Europe à contourner l’Afrique, allongeant les délais et les coûts de transport.
Les Houthis ont-ils annoncé vouloir bloquer le détroit ?
Ils affirment ne pas menacer la navigation internationale, mais disent vouloir cibler les navires saoudiens. Des responsables américains ont par ailleurs évoqué le risque d’une stratégie visant à fermer durablement le passage, une affirmation qui s’inscrit dans un contexte de fortes tensions.




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