Géopolitique

Iran, États-Unis : l’accord annoncé peut-il vraiment mettre fin à la guerre ?

Un texte doit être signé en Suisse après plus de cent jours de conflit. Réouverture du détroit d’Ormuz, trêve de 60 jours et levée du blocus naval figurent parmi les mesures évoquées, mais de nombreuses questions restent sans réponse.

Après plus de cent jours de guerre, les États-Unis, l’Iran et plusieurs pays médiateurs ont annoncé être parvenus à un accord destiné à mettre fin aux hostilités. Une signature est prévue vendredi en Suisse. L’annonce, initialement faite par le Pakistan, qui a joué un rôle central dans les négociations, a ensuite été confirmée par Donald Trump puis par l’Iran.

Il ne s’agit toutefois pas, à ce stade, d’un accord de paix définitif. Les modalités complètes n’ont pas été rendues publiques et le texte est présenté comme une première étape, appelée à être suivie de nouvelles négociations. La durée de la trêve, le statut des sanctions américaines, le dossier nucléaire iranien et la situation au Liban figurent parmi les principaux sujets encore ouverts.

Ce que prévoit l’accord annoncé entre Washington et Téhéran

Les informations disponibles font état d’une prolongation du cessez-le-feu pour une durée de 60 jours. Pendant cette période, aucun péage ne serait exigé par l’Iran dans le détroit d’Ormuz, passage stratégique pour le commerce mondial et surtout pour les exportations de pétrole.

La réouverture officielle du détroit d’Ormuz constitue l’un des volets les plus attendus de l’accord. Des opérations de déminage doivent également y être menées afin de retirer les mines qui y auraient été posées par l’Iran. La France et le Royaume-Uni pourraient participer à ces opérations.

Les États-Unis devraient, de leur côté, mettre fin au blocus naval des ports iraniens mis en place pour accroître la pression sur Téhéran durant les discussions. Cette mesure pourrait faciliter la reprise des échanges maritimes iraniens, sous réserve de la mise en œuvre effective des engagements annoncés.

L’Iran a par ailleurs déclaré que le Liban était, en théorie, inclus dans l’accord. Cette formulation laisse toutefois entière la question de l’application concrète de la trêve sur le territoire libanais.

Un accord temporaire, pas une paix définitive

La signature prévue en Suisse ne réglerait pas les différends fondamentaux entre les États-Unis et l’Iran. Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères a indiqué que les futures négociations devront notamment porter sur la fin des sanctions contre l’Iran, le nucléaire, la reconstruction, le développement économique et la création d’un mécanisme chargé de suivre les engagements pris.

Le dossier nucléaire reste central. Selon le Financial Times, qui cite une source proche du dossier, l’Iran devrait réaffirmer officiellement son refus de se procurer ou de développer une arme nucléaire. Téhéran affirme que ses stocks d’uranium enrichi sont destinés au nucléaire civil, notamment à la production d’électricité. Les États-Unis l’accusent cependant de disposer de quantités supérieures à ses besoins déclarés, avec le risque d’une utilisation militaire à terme.

Cette divergence n’est donc pas résolue par l’annonce actuelle. Elle renvoie aux discussions qui existaient déjà avant le déclenchement de la guerre, alors que les négociations sur le nucléaire, les sanctions et la sécurité régionale restaient bloquées.

Quels effets possibles sur le pétrole et l’économie mondiale ?

L’annonce de l’accord a été suivie d’une hausse de certaines places boursières et d’un recul des cours du pétrole. Ces réactions traduisent l’espoir d’une circulation plus fluide dans le détroit d’Ormuz et d’un apaisement des risques pesant sur l’approvisionnement énergétique mondial.

Le détroit d’Ormuz est un point de passage crucial pour les flux pétroliers. Lors des précédentes phases de tension, la menace sur cette voie maritime avait contribué à une hausse des prix de l’énergie et alimenté les craintes sur l’inflation. Les enjeux liés à cette zone avaient déjà été détaillés dans notre article sur la reprise des frappes américaines contre l’Iran malgré les négociations.

Emmanuel Macron a promis une répercussion sur les prix de l’essence en France dans les semaines à venir, si la baisse se confirme. L’évolution réelle des tarifs dépendra néanmoins de la durabilité de l’accalmie, de l’évolution des cours du pétrole et de la capacité des acteurs concernés à appliquer l’accord.

Ces dernières semaines, la hausse des prix des carburants avait ravivé les inquiétudes en France. Le gouvernement avait alors écarté l’hypothèse d’une pénurie nationale, malgré des ruptures temporaires dans certaines stations, comme l’explique notre point sur la flambée des carburants et le risque de pénurie.

Les sanctions et le rôle régional de l’Iran restent en suspens

Plusieurs inconnues majeures demeurent. La première concerne les sanctions économiques américaines : l’accord ne permet pas encore de savoir si elles seront supprimées, prolongées ou aménagées, ni selon quel calendrier.

La place de l’Iran auprès de ses alliés régionaux reste également un sujet de discussion. Les États-Unis cherchent notamment à limiter son soutien économique et militaire à des groupes alliés, parmi lesquels le Hezbollah au Liban et le Hamas à Gaza.

La question d’un changement de régime en Iran, plusieurs fois évoquée par Donald Trump au cours du conflit, paraît aussi mise de côté dans le cadre de cet accord. Le régime iranien reste en place. De même, aucune garantie nouvelle sur le nucléaire n’a été publiquement détaillée. Si les capacités militaires iraniennes ont été fortement touchées par les bombardements israéliens et américains, les objectifs politiques initiaux ne paraissent pas avoir été tranchés par le texte annoncé.

Le Liban, Gaza et la Syrie en dehors du règlement annoncé

La situation au Liban constitue l’une des principales limites de l’accord. L’Iran demande la fin des hostilités israéliennes sur le territoire libanais, où des bombardements israéliens massifs se sont poursuivis ces dernières semaines. Israël affirme viser le Hezbollah, allié de Téhéran et auteur de tirs répétés contre son territoire.

Des frappes israéliennes ont encore touché Beyrouth dimanche. Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a déclaré que l’armée israélienne, présente sur une partie du territoire libanais, ne se retirerait pas du sud du Liban dans le cadre de l’accord. Il a également écarté tout retrait israélien de Gaza ou de Syrie.

Ces déclarations soulignent qu’une accalmie entre Washington et Téhéran ne signifie pas nécessairement la fin des conflits et opérations militaires qui impliquent leurs alliés ou adversaires dans la région. La poursuite des opérations israéliennes au Liban avait déjà provoqué une demande de réunion d’urgence au Conseil de sécurité de l’ONU, relatée dans notre article sur l’avancée israélienne au-delà du Litani.

Pourquoi il est trop tôt pour parler de fin de guerre

L’accord annoncé peut constituer une désescalade importante : il prévoit une trêve, la perspective de rouvrir le détroit d’Ormuz, des opérations de déminage et la levée attendue du blocus naval américain. Mais son contenu précis n’est pas public dans son intégralité et il doit encore être signé.

Surtout, le texte ne résout pas à lui seul les différends sur le programme nucléaire iranien, les sanctions, la reconstruction, la sécurité maritime et les conflits au Liban, à Gaza ou en Syrie. Son efficacité dépendra de l’application des engagements de chaque partie et de l’ouverture de négociations plus larges.

La fin des combats entre les États-Unis et l’Iran reste donc envisagée comme une possibilité, mais non comme une paix consolidée. Les soixante jours de cessez-le-feu annoncés seront déterminants pour mesurer si cette première étape débouche sur un accord plus durable.

Questions fréquentes

L’accord entre l’Iran et les États-Unis est-il un traité de paix ?

Non. Les éléments annoncés décrivent une première étape, incluant un cessez-le-feu de 60 jours et des mesures concernant le détroit d’Ormuz. De futures négociations doivent aborder les sanctions, le nucléaire, la reconstruction et le suivi des engagements.

Le détroit d’Ormuz doit-il rouvrir ?

Oui, l’accord doit permettre sa réouverture officielle. L’Iran ne réclamerait pas de péage pendant la trêve et des opérations de déminage sont prévues, avec une implication évoquée de la France et du Royaume-Uni.

Le conflit au Liban est-il réglé par cet accord ?

Non. L’Iran estime que le Liban est en théorie inclus, mais Israël a indiqué ne pas prévoir de retrait du sud du Liban. Les opérations militaires et les désaccords liés au Hezbollah restent donc des enjeux distincts et non résolus.

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