Élection présidentielle en Ukraine : pourquoi Volodymyr Zelensky évoque un scrutin malgré la guerre

Sous pression américaine, Volodymyr Zelensky se dit disposé à envisager une présidentielle sous conditions. Mais la loi martiale, la sécurité des électeurs et l’accès au vote rendent le scénario très incertain.
La possibilité d’une élection présidentielle en Ukraine revient au centre du débat, alors que la guerre se poursuit et que des négociations sont menées, notamment avec l’implication des États-Unis, pour tenter d’obtenir un cessez-le-feu. Volodymyr Zelensky s’est dit prêt à envisager un scrutin dans un délai de 30 à 90 jours, à une condition : que sa sécurité soit pleinement garantie.
À ce stade, aucune élection n’a été officiellement décidée. L’hypothèse soulève des obstacles juridiques, sécuritaires et logistiques majeurs. Elle intervient aussi dans un contexte de pressions politiques, Moscou contestant depuis plusieurs mois la légitimité du président ukrainien et Donald Trump reprenant cet argument pour demander la tenue d’un vote.
Pourquoi la question d’une présidentielle se pose-t-elle ?
Volodymyr Zelensky a été élu président de l’Ukraine en 2019 pour un mandat de cinq ans. En temps normal, une nouvelle élection présidentielle aurait donc dû être organisée après l’échéance de son mandat, en mai 2024.
Mais l’invasion russe à grande échelle, commencée le 24 février 2022, a bouleversé le calendrier politique ukrainien. Depuis ce jour, le pays est placé sous le régime de la loi martiale. Ce régime exceptionnel, prévu pour les périodes de crise ou de guerre, permet notamment de confier temporairement des pouvoirs renforcés aux autorités afin de maintenir l’ordre public.
En Ukraine, la loi martiale interdit la tenue d’élections présidentielles, parlementaires et locales. La Constitution ukrainienne empêche ainsi l’organisation d’un nouveau scrutin tant que ce régime reste en vigueur. La prolongation du mandat présidentiel découle donc de cette situation juridique exceptionnelle.
La guerre reste active, avec des bombardements réguliers et une progression de l’armée russe dans certaines zones de l’est du pays. Les combats et les frappes rendent déjà très difficile le fonctionnement normal des institutions, comme le rappelle la situation militaire décrite dans l’analyse de l’attaque de drones contre Moscou et de ses conséquences dans la guerre en Ukraine.
Les pressions de la Russie et des États-Unis
La Russie réclame depuis plusieurs mois l’organisation d’une nouvelle présidentielle ukrainienne. Elle affirme que Volodymyr Zelensky serait devenu illégitime après l’expiration théorique de son mandat. Kyiv rejette cette position, en soulignant que la loi martiale et la Constitution empêchent légalement l’organisation d’élections pendant le conflit.
Donald Trump a également mis en cause l’absence de scrutin, estimant que l’Ukraine utiliserait la guerre pour ne pas organiser d’élection. Cette position s’inscrit dans les pressions américaines visant à parvenir à un cessez-le-feu entre Kyiv et Moscou.
Dans ce contexte, Volodymyr Zelensky a indiqué être disposé à organiser une présidentielle si les conditions de sécurité le permettent. Il a demandé l’aide des États-Unis, et éventuellement celle de partenaires européens, dont la France, pour garantir la protection du processus électoral. Il a aussi demandé aux députés ukrainiens de préparer des propositions pour adapter le droit et permettre un scrutin malgré la loi martiale.
Ces déclarations ne constituent pas une convocation officielle des électeurs. Elles ouvrent plutôt la voie à une réflexion sur les conditions politiques et juridiques qui seraient nécessaires.
Pourquoi organiser une élection pendant la guerre est-il si difficile ?
La première difficulté est la sécurité. L’Ukraine est régulièrement visée par des bombardements russes qui touchent fréquemment des civils. Assurer l’ouverture de bureaux de vote, le déplacement des électeurs, la sécurité des bulletins et le dépouillement supposerait des garanties considérables sur l’ensemble du territoire concerné.
Le second enjeu est l’égalité d’accès au vote. Des milliers de soldats ukrainiens sont déployés sur le front et pourraient être dans l’incapacité matérielle de voter. Les Ukrainiens vivant dans les territoires sous contrôle russe pourraient également être empêchés de participer sans garanties spécifiques.
La situation concerne aussi les millions d’Ukrainiens vivant à l’étranger en raison du conflit, selon l’ONU. Leur inscription sur les listes, l’organisation du vote depuis l’étranger et la garantie d’une participation équitable représenteraient un défi supplémentaire.
Plusieurs analystes et responsables politiques redoutent par ailleurs une possible ingérence russe dans une campagne électorale. La crainte est que le scrutin puisse être utilisé pour fragiliser l’unité du pays ou avantager les intérêts de Moscou.
Des médias et sondages locaux indiquent que des Ukrainiens sont défavorables à la tenue d’une élection à ce stade, estimant qu’elle risquerait de diviser le pays. Certains responsables de l’opposition s’y opposent également : ils jugent qu’un vote organisé trop rapidement ne leur laisserait pas le temps de préparer une campagne et pourrait accroître les divisions internes.
Ces tensions politiques s’ajoutent à celles déjà observées autour de l’exécutif ukrainien. Elles ont notamment été visibles lors des manifestations contre un remaniement voulu par Volodymyr Zelensky, sur fond de débats relatifs aux réformes, au commandement militaire et à la lutte contre la corruption.
Quels candidats pourraient se présenter ?
Volodymyr Zelensky demeure populaire en Ukraine selon les sondages évoqués, mais il n’a pas indiqué s’il entendait se représenter en cas de présidentielle.
Plusieurs personnalités sont néanmoins citées parmi les candidats potentiels. Valérie Zaloui, actuel ambassadeur d’Ukraine à Londres et commandant en chef de l’armée ukrainienne entre 2021 et 2024, est présenté comme une figure susceptible de peser dans une éventuelle compétition.
Vitalie Schlitzko, maire de Kyiv, est également décrit comme populaire. Il ne semble toutefois pas avoir annoncé d’intention de candidature. L’ancien président Petro Porochenko, battu par Volodymyr Zelensky, avait déclaré le 2 avril 2024 qu’il envisageait de se présenter de nouveau, mais seulement une fois la guerre terminée.
Pour l’heure, aucune candidature officielle n’est actée. La question centrale n’est donc pas encore celle des programmes ou des alliances, mais celle de la faisabilité même d’un scrutin dans un pays en guerre.
Élection, paix et question des territoires
La question électorale se superpose aux négociations sur un éventuel cessez-le-feu. Un haut responsable ukrainien a indiqué que l’Ukraine avait remis un nouveau plan de paix aux États-Unis, sans que son contenu soit connu.
Volodymyr Zelensky a aussi déclaré qu’une élection ou un référendum serait nécessaire sur la question des territoires de l’est de l’Ukraine actuellement annexés par la Russie. Cette déclaration laisse entrevoir l’hypothèse d’une cession de territoires, sans qu’aucun accord ou décision ne soit établi.
Selon le président ukrainien, les États-Unis auraient également proposé la création d’une zone économique libre et démilitarisée dans l’est de l’Ukraine, qui serait neutre. Les contours, les garanties et le statut d’un tel dispositif ne sont pas connus.
Dans le même temps, les positions affichées par Moscou et Kyiv restent difficiles à concilier, malgré les déclarations russes sur une possible fin du conflit. Les déclarations de Vladimir Poutine affirmant que la fin de la guerre approcherait n’ont pas mis fin aux combats ni réglé les désaccords sur les territoires et les conditions de paix.
FAQ
Une élection présidentielle est-elle officiellement prévue en Ukraine ?
Non. Volodymyr Zelensky s’est dit prêt à envisager un scrutin sous conditions, mais aucune date, aucun décret et aucune élection officielle n’ont été annoncés.
Pourquoi l’Ukraine n’a-t-elle pas organisé de présidentielle depuis 2024 ?
Le pays est sous loi martiale depuis l’invasion russe à grande échelle du 24 février 2022. La Constitution ukrainienne interdit les élections présidentielles, parlementaires et locales durant cette période.
Quel rôle les États-Unis pourraient-ils jouer ?
Volodymyr Zelensky demande aux États-Unis, avec l’éventuel soutien d’alliés européens, des garanties de sécurité pour protéger le déroulement du vote. Les modalités concrètes d’une telle aide ne sont pas connues.



