Prix des carburants : pourquoi ils flambent et où en est le risque de pénurie en France

Hausse du pétrole, tensions sur les routes maritimes, difficultés d’approvisionnement et aides ciblées : ce qu’il faut retenir de la situation.
La hausse des prix des carburants inquiète de nombreux automobilistes et professionnels. Gazole, SP95 et SP98 atteignent des niveaux très élevés, tandis que certaines stations-service connaissent des difficultés temporaires d’approvisionnement. Pour autant, la France ne fait pas face, à ce stade, à une pénurie nationale d’essence.
La situation résulte principalement des fortes tensions sur le marché pétrolier mondial. La flambée du prix du baril, les perturbations dans plusieurs zones stratégiques et les difficultés rencontrées par certaines raffineries contribuent à renchérir les carburants vendus à la pompe.
Des carburants à des prix records
Le Brent, référence internationale pour le pétrole, est passé d’environ 80 dollars le baril au début de juillet à plus de 100 dollars depuis le 9 septembre. À la même période un an plus tôt, son niveau était inférieur d’environ 50 %.
En France, le gazole s’établissait en moyenne à 2,41 euros le litre. Le SP98 atteignait 2,27 euros, contre 2,17 euros pour le SP95. Ces moyennes nationales masquent toutefois des écarts importants selon les territoires et les réseaux de distribution : dans certaines stations et pour certains carburants, les prix peuvent se rapprocher de 3 euros le litre.
Cette évolution pèse directement sur les budgets des ménages, mais aussi sur l’activité des personnes qui dépendent quotidiennement de leur véhicule : salariés, indépendants, artisans, transporteurs ou encore professionnels intervenant à domicile.
Pourquoi le prix du pétrole augmente-t-il ?
La hausse est principalement liée au contexte géopolitique au Moyen-Orient. Depuis les bombardements israéliens et américains sur l’Iran en février, suivis de la réponse iranienne dans la région, les tensions affectent des voies essentielles au commerce mondial des hydrocarbures.
Le détroit d’Ormuz, par lequel transitent près de 20 % du commerce mondial d’hydrocarbures, est bloqué dans le contexte des tensions entre l’Iran et les États-Unis. Washington bloque de son côté des ports iraniens. Ces restrictions réduisent ou compliquent les flux de pétrole disponibles sur le marché mondial.
Le détroit de Bab-el-Mandeb est également perturbé par les rebelles houthis du Yémen, alliés de l’Iran. La multiplication des difficultés sur ces routes maritimes renforce l’incertitude sur les approvisionnements et exerce une pression à la hausse sur les cours. Les enjeux liés au détroit d’Ormuz sont détaillés dans notre article sur les tensions autour du contrôle maritime dans le détroit d’Ormuz.
Pourquoi le gazole est-il particulièrement touché ?
La situation du gazole dépend aussi des capacités de raffinage. Environ la moitié du gazole consommé en France est importée déjà raffinée, c’est-à-dire transformée à partir de pétrole brut avant son arrivée sur le territoire.
Or, plusieurs raffineries connaissent des perturbations, notamment au Moyen-Orient et en Russie, dans le contexte de la guerre. Une baisse des volumes de gazole raffinés disponibles sur le marché mondial contribue donc à tendre davantage l’offre et à faire progresser les prix.
Les marges des raffineurs font également débat. Selon Le Monde, s’appuyant sur des chiffres de l’administration française, elles ont été en moyenne presque sept fois plus élevées durant les onze premiers jours de septembre qu’en février. Cette évolution nourrit les interrogations sur les acteurs qui bénéficient économiquement de la crise actuelle.
La France risque-t-elle réellement une pénurie d’essence ?
Des difficultés d’approvisionnement sont bien observées localement. Selon les données gouvernementales, un peu plus d’une station-service sur six était à sec sur au moins un carburant. Il s’agit néanmoins de ruptures temporaires et partielles, qui ne correspondent pas à une pénurie générale sur l’ensemble du territoire et pour tous les carburants.
Le gouvernement affirme qu’une pénurie nationale n’est pas à l’ordre du jour. Il indique également que la France dispose de trois mois de stocks stratégiques. Ces réserves pourraient, si la crise se prolongeait, constituer un levier pour injecter davantage de produits sur le marché et réduire les tensions sur l’offre.
Le ministère de l’Économie précise par ailleurs que neuf stations sur dix confrontées à un problème temporaire d’approvisionnement appartiennent à des enseignes appliquant un plafonnement des prix. Des prix plus bas attirent davantage de clients, ce qui peut accélérer l’épuisement ponctuel des stocks disponibles dans ces stations.
En résumé, le risque immédiat est surtout celui de ruptures locales et provisoires, et non celui d’une disparition généralisée des carburants dans les stations françaises. L’évolution de la situation reste toutefois dépendante du niveau des tensions géopolitiques et de la capacité du marché mondial à maintenir ses approvisionnements.
Taxes sur les carburants : l’État gagne-t-il davantage avec la hausse ?
Deux grandes taxes pèsent sur le prix payé à la pompe. La première est la TVA, généralement fixée à 20 %. Comme elle est calculée proportionnellement au prix de vente, son montant augmente lorsque le litre de carburant devient plus cher.
La seconde est une taxe d’accise, prélevée sous la forme d’un montant fixe par litre. Elle s’élève à 60 centimes par litre de gazole et à 69 centimes par litre d’essence. Contrairement à la TVA, elle ne varie pas selon le prix affiché en station.
La hausse du prix ne signifie donc pas automatiquement que les recettes de l’État progressent. Si les consommateurs réduisent leurs achats de carburant en raison des tarifs élevés, les recettes liées à la taxe fixe peuvent diminuer. Le gouvernement affirme que l’État n’a pas tiré profit de la crise et aurait perdu 407 millions d’euros de recettes depuis son début par rapport à la même période de l’année précédente. Cette déclaration devra être confirmée au regard de l’évolution de la consommation et des recettes fiscales.
Une aide de 100 euros pour certains travailleurs
Face à la hausse des dépenses de carburant, le dispositif « grand rouleur » a été renouvelé et élargi. Il prévoit une aide unique de 100 euros pour la période allant d’octobre à décembre, destinée aux travailleurs modestes utilisant leur voiture pour se rendre au travail.
Cette aide vise à compenser une partie des dépenses supplémentaires, sans couvrir l’ensemble de la hausse subie par les foyers concernés. Les réponses à apporter à l’augmentation des prix font l’objet de débats politiques, entre baisse de taxes, plafonnement des prix et aides ciblées.
Les différentes propositions avancées face à l’augmentation des prix avaient déjà été examinées dans notre article consacré aux propositions sur les prix des carburants et aux appels à manifester.
Une crise liée à un marché mondial sous pression
Les prix observés dans les stations françaises dépendent largement de facteurs internationaux : cours du pétrole, circulation maritime, accès aux zones de production, raffinage et demande mondiale. La France est donc exposée aux conséquences des perturbations qui touchent les routes énergétiques et les installations pétrolières.
Dans ce contexte, la circulation de marchandises par de nouvelles voies commerciales reste aussi un enjeu stratégique. La mise en service d’une liaison commerciale régulière entre la Chine et l’Europe par l’Arctique illustre la recherche d’itinéraires alternatifs, même si cette route dépend elle-même de conditions environnementales particulières.
FAQ
Y a-t-il une pénurie d’essence en France ?
Non, pas à l’échelle nationale selon le gouvernement. Certaines stations connaissent des ruptures temporaires sur un ou plusieurs carburants, mais les autorités indiquent disposer de trois mois de stocks stratégiques.
Pourquoi certaines stations sont-elles à sec ?
Les stations qui plafonnent leurs prix attirent une clientèle plus importante. Cette concentration de la demande peut provoquer un épuisement ponctuel des stocks, sans signifier une pénurie généralisée.
Pourquoi le gazole coûte-t-il si cher ?
Outre la hausse du pétrole brut, le gazole est affecté par les perturbations de plusieurs raffineries. La France important environ la moitié de son gazole déjà raffiné, une baisse des volumes disponibles sur le marché mondial pèse particulièrement sur son prix.



