L’Iran peut-il couper l’internet mondial en ciblant les câbles sous-marins ?

Les câbles à fibre optique du détroit d’Ormuz constituent une infrastructure stratégique. Leur sabotage est techniquement possible, mais ses effets seraient surtout régionaux et son exécution risquée.
Le détroit d’Ormuz est connu pour son rôle déterminant dans les flux maritimes et énergétiques. Il pourrait aussi devenir un point de pression numérique. Dans un contexte de cessez-le-feu et de blocage largement maintenu dans ce passage stratégique, les autorités iraniennes envisageraient de prendre le contrôle d’une autre infrastructure : les câbles sous-marins à fibre optique qui traversent le détroit.
Ces câbles transportent une part majeure des communications numériques mondiales. Ils relient notamment des centres de données, des banques, des administrations et des entreprises. L’Iran peut-il réellement les taxer, les contrôler ou les sectionner ? Et une attaque contre ces infrastructures pourrait-elle couper l’internet mondial ?
Les câbles sous-marins, piliers discrets du trafic numérique
Les communications internationales ne reposent pas principalement sur les satellites. Plus de 90 % du trafic numérique mondial passe par des câbles à fibre optique installés au fond des mers. Ils permettent les échanges de données rapides entre continents : communications, transactions bancaires, services en ligne et liaisons entre centres de données.
Selon Géoconfluences, plus de 500 câbles sous-marins sont déployés autour de la planète. Leur longueur cumulée atteint environ 1,5 million de kilomètres, soit près de 38 fois le tour de la Terre. Le réseau est donc mondial et très étendu, même si certains passages concentrent des infrastructures particulièrement sensibles.
Le détroit d’Ormuz fait partie de ces zones stratégiques. Au moins sept câbles sous-marins y reposeraient. Ils participent aux connexions entre les pays du Golfe, l’Asie et l’Europe. Leur importance s’ajoute à celle des routes maritimes déjà sous tension dans la région. Les enjeux liés à la circulation dans ce détroit sont détaillés dans notre article sur les tensions autour du contrôle maritime du détroit d’Ormuz.
Une taxe iranienne sur les câbles : l’hypothèse d’un péage numérique
Le porte-parole de l’armée iranienne a déclaré sur X que l’objectif serait d’imposer des taxes sur les câbles internet. Des agences de presse iraniennes ont rapporté qu’une telle mesure pourrait représenter des centaines de millions de dollars de redevances versées à l’Iran par de grandes entreprises technologiques américaines, telles que Google, Meta ou Microsoft, dont une partie des données transiterait par ces infrastructures.
Dans cette logique, les entreprises impliquées dans l’exploitation des câbles pourraient aussi devoir obtenir l’approbation des autorités iraniennes pour continuer à les gérer. L’opérateur français Orange est cité parmi les entreprises concernées par cette éventualité.
Le projet s’apparenterait à un péage appliqué aux données. Il fait écho à la pression exercée sur les navires souhaitant franchir le détroit. Mais son application soulève une difficulté juridique majeure : le détroit d’Ormuz est un passage naturel et non un canal artificiel. Les règles internationales qui s’y appliquent ne sont donc pas les mêmes que pour une voie créée par l’être humain.
Selon les spécialistes évoqués, l’instauration officielle d’un péage dans le détroit constituerait une rupture majeure et pourrait créer un précédent inédit. Cette question s’inscrit dans une crise plus large entre Téhéran et Washington, marquée par des frappes, des représailles revendiquées et des négociations qui restent bloquées sur plusieurs sujets. Pour mieux comprendre ce contexte, lire aussi notre analyse sur la reprise des frappes américaines contre l’Iran malgré les négociations.
Pourquoi de telles taxes seraient difficiles à percevoir
La principale limite est financière et juridique. Les entreprises américaines ne peuvent pas effectuer de paiements à l’Iran en raison des sanctions imposées par la justice américaine. Dans ces conditions, le versement de taxes ou de droits de passage à Téhéran serait, en pratique, extrêmement difficile.
Cette incompatibilité entre le projet iranien et les sanctions américaines nourrit l’idée que ces déclarations puissent aussi relever d’une stratégie de pression. L’Iran affirme disposer encore de leviers et se dit prêt à les employer. La menace visant les câbles sous-marins peut ainsi être comprise comme un moyen de renforcer sa position dans les discussions avec les États-Unis.
Elle peut toutefois produire l’effet inverse : une pression accrue sur cette infrastructure stratégique pourrait aussi durcir la réaction américaine. L’enjeu dépasse en effet les seules entreprises concernées, puisqu’il touche à la stabilité des communications et des échanges économiques dans l’ensemble du Golfe.
Sectionner les câbles : une possibilité technique, pas une coupure mondiale
Au-delà des taxes, l’Iran a menacé de sectionner directement les câbles afin de saboter le réseau. Des analystes estiment qu’endommager des câbles sous-marins est techniquement possible. Ces infrastructures physiques, posées sur les fonds marins, restent vulnérables.
Mais une telle opération ne serait pas sans risque pour son auteur. Les navires chargés d’intervenir sur les câbles pourraient être plus facilement repérés et rapidement pris pour cible par les États-Unis. Le quotidien britannique The Guardian a même évoqué des missions suicides dans ce type de scénario.
Surtout, la coupure de plusieurs câbles dans le détroit d’Ormuz ne signifierait pas l’arrêt de l’internet mondial. Le réseau international repose sur de nombreux câbles répartis dans les océans et reliés par différentes routes. Des perturbations importantes seraient possibles, mais elles ne toucheraient pas tous les territoires de façon identique.
Les conséquences les plus lourdes concerneraient les pays du golfe Persique, qui dépendent de ces liaisons pour communiquer avec l’Asie et l’Europe. Les échanges de données, les services numériques et certaines transactions pourraient être fortement affectés dans la région. À l’échelle internationale, les effets seraient moins importants, précisément parce que d’autres itinéraires et infrastructures existent ailleurs dans le monde.
Un nouveau levier dans les tensions autour d’Ormuz
Les câbles sous-marins ajoutent une dimension numérique à une crise déjà maritime, économique et diplomatique. Le détroit d’Ormuz concentre des flux dont la perturbation a des répercussions bien au-delà de la région : navigation commerciale, approvisionnements énergétiques et désormais connectivité numérique.
Cette vulnérabilité des infrastructures sous-marines n’est pas propre à Ormuz. D’autres points de passage stratégiques font également l’objet d’une attention accrue, comme le montre la montée des tensions autour du détroit de Bab el-Mandeb, autre axe majeur du commerce mondial.
À ce stade, l’hypothèse d’un contrôle iranien sur les câbles, de la perception de taxes ou d’un sabotage reste une menace évoquée dans un contexte de négociations difficiles. Elle montre néanmoins que les infrastructures numériques sont devenues, au même titre que les voies maritimes, des instruments potentiels de pression géopolitique.
FAQ
L’Iran peut-il réellement couper l’internet mondial ?
Non, sectionner les câbles présents dans le détroit d’Ormuz ne couperait pas l’internet mondial. Le réseau repose sur de nombreux câbles sous-marins répartis sur l’ensemble de la planète. Les perturbations les plus fortes concerneraient surtout les pays du golfe Persique connectés à l’Asie et à l’Europe par ces liaisons.
Pourquoi les câbles sous-marins du détroit d’Ormuz sont-ils stratégiques ?
Au moins sept câbles y transiteraient. Ils relient notamment des centres de données, des banques, des gouvernements et des entreprises, tout en participant aux communications entre le Golfe, l’Asie et l’Europe.
Les entreprises américaines pourraient-elles payer une taxe à l’Iran ?
Cette hypothèse se heurte aux sanctions américaines, qui interdisent aux entreprises des États-Unis d’effectuer des paiements à l’Iran. Cela rendrait le versement de telles redevances pratiquement impossible.



