El Niño : pourquoi le phénomène pourrait aggraver les risques sanitaires et alimentaires jusqu’en février 2027

Une étude évoque jusqu’à 451 000 décès supplémentaires liés à la chaleur, tandis que l’ONU alerte sur les effets possibles d’El Niño dans plusieurs régions du monde.
El Niño pourrait s’installer durablement et produire des effets bien au-delà du Pacifique. Les Nations unies ont alerté sur ses répercussions potentielles pour la santé, l’alimentation et les populations exposées aux événements météorologiques extrêmes. Une étude du Climate Impact Lab estime que la chaleur associée à cet épisode pourrait entraîner environ 451 000 décès supplémentaires entre juin 2026 et février 2027, par rapport à une année normale.
Ces chiffres restent des projections, et non un bilan définitif. Ils visent à identifier les territoires les plus vulnérables afin de permettre aux autorités et aux organisations humanitaires d’anticiper les risques. Les conséquences attendues concernent à la fois les fortes chaleurs, les inondations, les sécheresses, les tempêtes et l’insécurité alimentaire.
Qu’est-ce qu’El Niño ?
El Niño est un phénomène climatique naturel qui se traduit par le réchauffement d’une partie de l’océan Pacifique. Il revient généralement tous les deux à sept ans. Ses effets ne se limitent toutefois pas aux zones maritimes concernées : il peut modifier les régimes de pluie, les températures et l’intensité de certains événements météorologiques dans de nombreuses régions du monde.
Le phénomène s’ajoute aux conséquences du changement climatique causé par les activités humaines. Il n’en est pas la cause directe, mais le réchauffement global peut amplifier les effets de chaleur associés à un épisode El Niño.
Selon les éléments communiqués par les Nations unies, la probabilité qu’El Niño se maintienne jusqu’en février 2027 est proche de 100 %, avec une apogée envisagée vers la fin de l’année. L’agence américaine d’observation océanique et atmosphérique estime de son côté que l’épisode aurait 75 % de chances de devenir le plus puissant jamais enregistré.
Pluies intenses, tempêtes et risques d’inondation près du Pacifique
Dans les régions proches du Pacifique, El Niño peut provoquer des pluies torrentielles à des périodes habituellement sèches. Le sud des États-Unis est notamment concerné par ce risque. En Californie, le gouverneur a déclaré l’état d’urgence face à l’arrivée du phénomène sur la côte ouest américaine.
Cette décision est avant tout préventive. Elle permet de prépositionner du matériel, d’organiser les secours et de mobiliser des moyens financiers avant d’éventuelles tempêtes et inondations. Les autorités californiennes se préparent ainsi à des conditions météorologiques potentiellement plus dangereuses.
Au large du Mexique, l’ouragan Polo a atteint la catégorie 5, le niveau le plus élevé de l’échelle utilisée pour mesurer l’intensité des ouragans. Des vents dépassant localement 260 km/h ont été rapportés. Bien que le système ne soit pas censé toucher directement les côtes mexicaines, des dégâts ont déjà été constatés à Lázaro Cárdenas, dans le sud-ouest du pays.
Le gouvernement mexicain a annoncé le déploiement de près de 20 000 membres des forces de sécurité et de secours dans les États proches du Pacifique afin de pouvoir venir en aide aux populations si nécessaire. La saison des cyclones au Mexique s’étend de mai à novembre et pourrait être particulièrement intense sous l’influence d’El Niño.
Les risques liés aux précipitations extrêmes rappellent que les catastrophes naturelles peuvent combiner eau, boue et débris, comme l’illustre la coulée dévastatrice survenue à la frontière entre le Népal et le Tibet. Chaque événement possède ses propres causes, mais la préparation des secours et la protection des populations restent des enjeux communs.
Sécheresses et tensions sur les ressources alimentaires
El Niño peut produire l’effet inverse dans d’autres zones : des sécheresses durables. L’Amérique centrale, l’Asie du Sud-Est et plusieurs régions d’Afrique figurent parmi les territoires susceptibles d’être concernés. Ces déficits de pluie peuvent affecter les récoltes, les réserves d’eau et les prix de produits essentiels.
L’Inde a déjà pris des mesures d’urgence, notamment par la constitution de stocks de blé et la mise en place de dispositifs de surveillance renforcés. Ces préparatifs traduisent la crainte de perturbations agricoles et alimentaires dans les mois à venir.
Le Programme alimentaire mondial estime qu’environ 50 millions de personnes supplémentaires pourraient être confrontées à une insécurité alimentaire aiguë d’ici à la fin de 2027. Les pays déjà fragilisés par la pauvreté ou les conflits seraient probablement les plus durement touchés. L’organisation cherche à préparer les territoires exposés avant la survenue de sécheresses, d’inondations ou de tempêtes.
Les conséquences d’El Niño peuvent également se ressentir loin du Pacifique par des effets indirects sur les chaînes d’approvisionnement et les prix. L’Europe est en général moins exposée aux impacts directs que les régions bordant le Pacifique, mais elle peut connaître des températures plus élevées ainsi que des répercussions sur certains approvisionnements. Les enjeux climatiques et économiques se croisent aussi dans l’Arctique, où une liaison commerciale chinoise vers l’Europe dépend de la fonte des glaces.
Jusqu’à 451 000 décès supplémentaires liés à la chaleur
Le Climate Impact Lab, un groupe réunissant scientifiques, économistes et ingénieurs basé à Chicago, a évalué les conséquences sanitaires possibles de la chaleur. Ses calculs font état d’environ 451 000 décès supplémentaires potentiels entre juin 2026 et février 2027, comparativement à une année normale.
Cette estimation ne concerne que les morts attribuées à la chaleur. Elle n’inclut pas les victimes qui pourraient résulter d’inondations, de sécheresses, d’incendies ou d’autres phénomènes associés. Le total réel dépendra donc de nombreux facteurs, dont l’intensité effective d’El Niño, les mesures de protection prises localement et la capacité des systèmes de santé et de secours à répondre aux crises.
Le Sahel, en Afrique, serait la zone la plus exposée selon cette étude. Jusqu’à 66 800 décès supplémentaires pourraient y être enregistrés d’ici février 2027, dont près de la moitié au Nigeria. En Asie du Sud-Est, l’excès de chaleur pourrait causer 19 400 morts supplémentaires aux Philippines, au Vietnam, en Thaïlande et au Cambodge.
Pourquoi ces prévisions doivent servir à anticiper
Les projections présentées ne constituent pas une certitude. Elles reposent sur des scénarios et peuvent évoluer. Leur objectif est d’aider à situer les risques, à renforcer les dispositifs d’alerte et à préparer les réponses sanitaires, alimentaires et humanitaires avant que les effets ne s’intensifient.
La prévention peut notamment passer par la surveillance météorologique, la protection des personnes les plus exposées aux fortes chaleurs, la constitution de stocks alimentaires, l’anticipation des évacuations et le déploiement préalable de secours. Dans les régions où les ressources sont déjà limitées, ces mesures peuvent jouer un rôle déterminant.
De nombreux scientifiques appellent aussi à revoir les modes de production et de consommation afin de limiter le réchauffement climatique. Si El Niño est un phénomène naturel, l’augmentation globale des températures peut accroître les dangers liés aux épisodes de chaleur et rendre leurs conséquences humaines plus graves.
Questions fréquentes sur El Niño
El Niño est-il causé par le changement climatique ?
Non. El Niño est un phénomène climatique naturel lié au réchauffement d’une partie de l’océan Pacifique. Toutefois, le changement climatique d’origine humaine peut amplifier les effets de chaleur qui lui sont associés.
Quelles régions sont les plus exposées ?
Les régions proches du Pacifique sont directement concernées, avec des risques de pluies intenses et de tempêtes. L’Amérique centrale, l’Asie du Sud-Est et certaines zones d’Afrique peuvent également connaître des sécheresses et des difficultés alimentaires. Le Sahel apparaît particulièrement vulnérable aux conséquences sanitaires de la chaleur selon l’étude citée.
Les 451 000 décès supplémentaires sont-ils certains ?
Non. Il s’agit d’une projection du Climate Impact Lab pour la période allant de juin 2026 à février 2027. Cette estimation porte uniquement sur les décès liés à la chaleur et pourrait évoluer selon la réalité du phénomène et les mesures prises pour protéger les populations.



