Avertissements avant le 7 octobre : ce que l’enquête visant Benjamin Netanyahou affirme

Une enquête de presse évoque des alertes transmises avant l’attaque du Hamas. Le cabinet du Premier ministre israélien dément l’existence de l’appel évoqué et annonce une plainte pour diffamation.
Une enquête de presse relance les questions sur les défaillances ayant précédé l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023. Elle affirme que le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, aurait reçu, plusieurs jours avant les faits, un avertissement faisant état d’une attaque d’ampleur en préparation.
Ces allégations sont contestées avec force par le cabinet de Benjamin Netanyahou, qui dénonce un « mensonge total », nie l’existence de l’échange téléphonique décrit et annonce une plainte pour diffamation. À ce stade, les informations rapportées par l’enquête ne constituent donc pas des faits officiellement établis.
Ce que l’enquête affirme sur des alertes avant le 7 octobre
L’enquête, publiée dans le cadre d’un livre à paraître et fondée, selon ses auteurs, sur de nombreux témoignages, décrit un échange qui aurait eu lieu environ dix jours avant l’attaque.
D’après ce récit, le président des Émirats arabes unis, Mohammed ben Zayed Al Nahyane, aurait été averti par des sources palestiniennes que le Hamas préparait une opération contre Israël. Il aurait alors personnellement contacté Benjamin Netanyahou afin de lui transmettre cette alerte.
Un conseiller du président émirati, cité comme présent lors de l’échange, affirme que l’appel aurait duré 45 minutes. Le dirigeant des Émirats arabes unis aurait insisté sur la nécessité de se préparer à une telle menace, en raison du risque d’embrasement régional qu’elle représentait.
Selon l’enquête, Benjamin Netanyahou aurait réagi avec un calme relatif. Il aurait considéré qu’une attaque potentielle pourrait davantage venir de Cisjordanie que de la bande de Gaza, tout en assurant qu’Israël était prêt à faire face à tous les scénarios.
Une autre alerte évoquée par les renseignements égyptiens
L’enquête mentionne également un avertissement qui aurait été transmis par le chef des services de renseignement égyptiens de l’époque. Là encore, il aurait été question d’une opération imminente.
Les auteurs soulignent deux éléments centraux : Benjamin Netanyahou n’aurait pas fait part de l’appel présumé à de hauts responsables de la défense, et Ronen Bar, alors chef du Shin Bet, le service israélien de sécurité intérieure, aurait lui aussi reçu par d’autres canaux des informations faisant craindre une attaque.
Selon ces éléments, Ronen Bar aurait demandé soit une action préventive contre le Hamas, soit un renforcement de la sécurité près de Gaza et en Cisjordanie. Ces décisions n’auraient finalement pas été prises avant le 7 octobre 2023.
Ces affirmations s’inscrivent dans un débat plus large sur les responsabilités des autorités politiques, militaires et du renseignement israéliens avant l’attaque. De précédentes enquêtes ont déjà fait état de dysfonctionnements au sein de l’appareil sécuritaire et d’une sous-estimation des capacités du Hamas.
Le 7 octobre 2023, une attaque aux conséquences majeures
Le 7 octobre 2023, des membres du Hamas ont quitté la bande de Gaza et mené une attaque en Israël. Selon un bilan de l’AFP fondé sur des chiffres officiels israéliens, 1 221 personnes ont été tuées et des milliers d’autres blessées.
Environ 250 personnes, majoritairement des civils, ont également été prises en otage. Parmi elles, 168 ont été libérées et plus de 80 sont mortes ou ont été tuées en captivité, selon les chiffres évoqués.
L’ampleur de l’attaque a rapidement suscité des interrogations sur la capacité des services israéliens à anticiper l’opération. Plusieurs responsables militaires et du renseignement auraient jugé un scénario de cette ampleur trop ambitieux ou trop difficile à mettre en œuvre pour le Hamas.
Benjamin Netanyahou affirme pour sa part avoir suivi les évaluations de sécurité qui lui étaient transmises. Plus récemment, il a aussi accusé l’armée de ne pas l’avoir réveillé ni alerté suffisamment tôt le matin de l’attaque.
Démenti du cabinet de Netanyahou et position des Émirats arabes unis
Face aux révélations rapportées, le cabinet du Premier ministre israélien a rejeté l’ensemble du récit. Il nie qu’un échange téléphonique de cette nature ait eu lieu avec le président des Émirats arabes unis et annonce vouloir engager une procédure pour diffamation.
L’un des journalistes à l’origine de l’enquête affirme de son côté détenir les preuves étayant ses informations.
Le ministère des Affaires étrangères des Émirats arabes unis a indiqué que « tous les renseignements pertinents ont été et continuent d’être communiqués entre les entités concernées ». Cette déclaration ne confirme pas formellement l’appel décrit, mais elle laisse ouverte la question de transmissions d’informations entre les parties concernées.
En l’absence de publication des preuves évoquées et de confirmation officielle de l’échange, il demeure impossible d’établir avec certitude le déroulement précis des faits allégués.
Les réactions politiques et les appels à une enquête
Ces accusations ont provoqué de fortes réactions dans le paysage politique israélien. Les chefs de l’opposition ont demandé l’ouverture d’une enquête. Dans une déclaration commune, ils estiment que le public israélien doit savoir ce que Benjamin Netanyahou savait, à quel moment il l’aurait su, pourquoi l’appareil de sécurité n’aurait pas été informé et pourquoi aucune mesure n’aurait été prise pour protéger les civils.
Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major et rival politique de Benjamin Netanyahou, a estimé sur X que le Premier ministre n’était pas « apte à diriger ».
Des proches du Premier ministre ont, quant à eux, soutenu l’hypothèse d’une trahison interne de responsables qui auraient voulu lui nuire politiquement. Cette thèse est critiquée par ses opposants et aucune preuve officielle n’est évoquée pour l’étayer.
Le dossier intervient aussi alors que Benjamin Netanyahou est visé par plusieurs procédures judiciaires, notamment dans des affaires de corruption. Ses opposants l’accusent d’utiliser sa fonction pour éviter ou retarder les jugements, ce qu’il conteste.
Un contexte également marqué par la question des colonies
La controverse survient sur fond de tensions persistantes en Cisjordanie. La France, le Canada, le Royaume-Uni et plusieurs autres pays européens ont annoncé vouloir mettre fin au commerce avec les colonies israéliennes implantées dans ce territoire palestinien. Israël conteste la présentation selon laquelle la Cisjordanie serait occupée illégalement et rejette les accusations liées à sa politique de colonisation.
Pour mieux comprendre les enjeux territoriaux et diplomatiques associés à cette question, lire notre article sur le projet E1 et les inquiétudes sur l’expansion des colonies israéliennes en Cisjordanie.
Le contexte régional reste par ailleurs marqué par d’autres foyers de tension, notamment autour du détroit d’Ormuz. Notre décryptage sur les tensions entre l’Iran et les États-Unis autour du contrôle maritime du détroit d’Ormuz permet de situer l’ampleur des fragilités géopolitiques dans la région.
FAQ
Benjamin Netanyahou a-t-il été averti avant le 7 octobre 2023 ?
Une enquête l’affirme, en évoquant notamment un appel présumé du président des Émirats arabes unis et une alerte des renseignements égyptiens. Le cabinet de Benjamin Netanyahou dément formellement l’existence de l’appel décrit.
Une enquête officielle a-t-elle établi les faits ?
Les éléments présentés relèvent d’une enquête de presse et sont contestés. Les opposants de Benjamin Netanyahou réclament une enquête officielle, mais les faits allégués ne sont pas établis de manière définitive dans les informations disponibles.
Pourquoi ces révélations suscitent-elles autant de réactions ?
Parce qu’elles touchent à la question de possibles alertes ignorées ou insuffisamment prises en compte avant une attaque qui a causé la mort de 1 221 personnes en Israël, selon le bilan cité, et entraîné la prise d’environ 250 otages.



