Economie

Pourquoi les marchés financiers résistent à la guerre au Moyen-Orient

Malgré le ralentissement attendu de la croissance, l’inflation et les tensions autour du détroit d’Ormuz, les grands indices boursiers atteignent ou approchent des records. Cette hausse ne reflète pas nécessairement l’état de l’économie réelle.

La guerre au Moyen-Orient, les tensions autour du détroit d’Ormuz et les craintes sur l’approvisionnement en pétrole pouvaient laisser attendre une forte chute durable des marchés financiers. Le choc initial a bien provoqué un repli, mais plusieurs grands indices ont ensuite rebondi et atteint des niveaux records.

Le S&P 500, qui regroupe 500 grandes entreprises américaines cotées, a récemment inscrit des niveaux élevés. Le Nasdaq, très exposé aux grands groupes technologiques, a suivi une trajectoire comparable. Cette dynamique ne se limite pas aux États-Unis : elle est également observée au Japon, en Corée du Sud et dans plusieurs marchés européens, notamment en Allemagne. En France, le CAC 40 reste sous son niveau d’avant-guerre, mais ne se situe pas à un niveau présenté comme alarmant.

Cette apparente résistance boursière ne signifie toutefois pas que les conséquences économiques du conflit ont disparu. Elle met surtout en évidence l’écart qui peut exister entre l’évolution des marchés financiers et la réalité vécue par les ménages, les salariés ou certains secteurs d’activité.

Des marchés en hausse, une économie sous pression

Les marchés financiers reflètent la valeur attribuée par les investisseurs aux entreprises cotées et à leurs perspectives de profits. Ils ne constituent donc pas un indicateur direct et exhaustif de l’état de l’économie quotidienne.

Une Bourse en hausse peut coexister avec une inflation importante, des licenciements dans certaines entreprises ou une dégradation des perspectives de croissance. Les deux sphères sont liées, mais elles ne progressent pas toujours au même rythme ni dans la même direction.

Dans le contexte actuel, la guerre a déjà affecté l’économie mondiale. Le Fonds monétaire international a indiqué le mois dernier que la croissance mondiale ralentirait à 3,1 % en 2026, contre 3,4 % avant le début de la guerre. La hausse générale des prix dans de nombreux pays constitue également l’une des conséquences économiques évoquées.

Les tensions maritimes et énergétiques nourrissent ces inquiétudes. La situation au détroit d’Ormuz reste particulièrement surveillée, car ce passage est central pour la circulation du pétrole. Les incertitudes sur le trafic et sur les approvisionnements contribuent à maintenir un risque sur les prix de l’énergie, comme l’explique aussi notre point sur les tensions autour du contrôle maritime dans le détroit d’Ormuz.

Pourquoi les investisseurs ont-ils rapidement rebondi ?

Un premier élément tient à la manière dont les investisseurs évaluent le risque. Lorsqu’un choc géopolitique survient, les marchés peuvent réagir brutalement dans l’immédiat. Mais les investisseurs cherchent ensuite à déterminer si le scénario le plus défavorable est probable ou non, et quelles seront les conséquences concrètes pour les entreprises.

Au fil des crises, beaucoup semblent intégrer plus rapidement les risques dans leurs décisions. Ils peuvent conserver leurs positions malgré l’incertitude, en misant sur des gains à plus long terme. Cette logique d’adaptation favorise un rebond lorsque l’hypothèse d’un effondrement général ou d’une désorganisation majeure paraît s’éloigner.

Sur les dernières décennies, les grands indices ont connu des baisses marquées lors de crises financières ou pendant la pandémie de 2020, avant de repartir à la hausse. Ce constat historique ne garantit pas qu’un tel mouvement se reproduira à chaque crise, mais il contribue à la confiance de certains acteurs de marché.

Les marchés ne jugent donc pas uniquement les difficultés présentes. Ils anticipent aussi les revenus futurs, les décisions des gouvernements, les capacités d’adaptation des entreprises et la durée supposée des perturbations. Cette logique prospective explique qu’un indice puisse progresser alors même que le coût de la vie ou les inquiétudes économiques augmentent.

La Bourse comme contrainte politique potentielle pour Donald Trump

Pour certains observateurs, une crise boursière majeure pourrait constituer une limite importante à la marge de manœuvre de Donald Trump dans la guerre au Moyen-Orient. L’idée avancée est qu’un effondrement durable des marchés pèserait sur l’économie américaine, sur la confiance des ménages et des entreprises, et donc sur le rapport de force politique intérieur.

Dans cette lecture, si les marchés venaient à s’écrouler, l’administration américaine subirait une pression accrue pour stabiliser la situation, y compris en révisant son implication dans le conflit. Il ne s’agit pas d’un mécanisme automatique : les décisions politiques et militaires ne dépendent pas uniquement des indices boursiers. Mais l’état des marchés peut devenir un facteur de contrainte, en raison de ses effets possibles sur l’activité économique et sur la perception de l’action gouvernementale.

Certains analystes désignent cette idée par l’expression « théorie du TACO », pour Trump Always Chickens Out, soit l’idée que Donald Trump reviendrait sur certaines décisions lorsqu’elles affectent trop négativement les marchés financiers. Cette théorie reste discutée. Elle n’empêche pas le président américain de prendre des décisions pouvant peser sur l’économie, notamment dans un contexte d’inflation liée à la guerre.

Les annonces américaines sur l’Iran et la poursuite des tensions régionales restent ainsi un sujet de premier plan pour les investisseurs. Les enjeux des frappes, des négociations et du contrôle maritime sont détaillés dans notre article sur la reprise des frappes américaines contre l’Iran malgré les négociations.

L’intelligence artificielle soutient les grands indices

La guerre n’est pas le seul facteur qui explique la progression boursière. Les marchés sont aussi portés depuis plusieurs mois par l’enthousiasme des investisseurs pour l’intelligence artificielle.

Quelques grands groupes technologiques, majoritairement américains, occupent une place considérable dans les grands indices. Lorsque leur valorisation augmente, elle peut tirer vers le haut le S&P 500 ou le Nasdaq dans leur ensemble. Les investisseurs misent sur les profits potentiels que l’IA pourrait générer, ce qui soutient les entreprises les plus identifiées à ce secteur.

Cette concentration suscite cependant des débats. Certains estiment qu’une bulle pourrait se former autour de l’intelligence artificielle et qu’elle pourrait, à terme, éclater. Les interrogations concernent à la fois les promesses de rentabilité et les capacités réelles des outils développés. Les débats sur les nouveaux modèles et leurs enjeux de cybersécurité montrent d’ailleurs que l’essor de l’IA s’accompagne aussi de questions de contrôle, comme dans notre article sur les capacités annoncées de GPT-6 Astra et les inquiétudes sur la cybersécurité.

Une rotation vers l’énergie et la défense

La hausse globale des indices masque également des évolutions très différentes selon les secteurs. C’est ce que l’on appelle une rotation sectorielle : les investisseurs vendent des actions appartenant à certaines activités pour acheter des titres liés à d’autres domaines jugés plus prometteurs dans le nouveau contexte.

Le tourisme et certaines branches du transport peuvent perdre des investissements en période de guerre et de tensions énergétiques. À l’inverse, l’énergie et la défense attirent davantage l’attention. Dans un contexte de conflit, les investisseurs peuvent anticiper une hausse de l’activité et des profits des entreprises de l’armement ou de l’énergie.

Cette réorientation ne bénéficie donc pas à toutes les entreprises de la même manière. Elle rappelle qu’un record boursier peut être porté par un nombre limité de secteurs ou de très grandes sociétés, sans refléter une amélioration généralisée de l’activité.

Les conséquences des tensions géopolitiques sur l’énergie concernent aussi directement les consommateurs. En France, la hausse des prix et le risque de perturbations de l’offre ont déjà été abordés dans notre décryptage sur la flambée des prix des carburants et le risque de pénurie.

Ce qu’il faut retenir

La résistance des marchés financiers face à la guerre au Moyen-Orient repose sur plusieurs facteurs : l’intégration rapide du risque par les investisseurs, l’espoir d’un scénario moins dégradé que redouté, le poids des géants de l’intelligence artificielle et le déplacement des investissements vers l’énergie et la défense.

Pour autant, des marchés en hausse ne prouvent pas que l’économie se porte bien dans tous les pays et tous les secteurs. Le ralentissement prévu de la croissance mondiale, l’inflation et les tensions pétrolières restent des signaux de fragilité. Les marchés financiers peuvent aussi changer rapidement de direction si les risques géopolitiques, énergétiques ou technologiques se matérialisent davantage.

FAQ

Pourquoi la Bourse peut-elle monter pendant une guerre ?

Les investisseurs anticipent les conséquences futures du conflit et peuvent considérer qu’un scénario très grave est moins probable que prévu. Certains secteurs, notamment l’énergie, la défense et la technologie, peuvent aussi attirer davantage de capitaux.

Une hausse des marchés signifie-t-elle que l’économie va bien ?

Non. La hausse des indices reflète principalement la valorisation des entreprises cotées. Elle peut coexister avec de l’inflation, un ralentissement de la croissance, des difficultés sectorielles ou des pertes d’emplois.

Les marchés financiers peuvent-ils influencer les choix de Donald Trump ?

Selon certains observateurs, une chute majeure des marchés pourrait accroître la pression économique et politique sur l’administration américaine. Cette influence potentielle ne constitue toutefois pas une règle automatique et ne suffit pas à expliquer à elle seule les décisions prises.

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