Corée du Nord

Corée du Nord : comment l’économie du pays progresse malgré les sanctions

La croissance nord-coréenne aurait atteint 3,7 % en 2024, portée par les échanges avec la Chine, le rapprochement avec la Russie et l’adaptation de l’économie intérieure.

La Corée du Nord, soumise depuis des décennies à de lourdes sanctions internationales, aurait enregistré une progression économique notable en 2024. Selon les estimations de la Banque de Corée, la banque centrale sud-coréenne, son produit intérieur brut aurait augmenté de 3,7 %, soit le rythme le plus élevé depuis 2016.

Cette amélioration ne signifie pas que les difficultés structurelles du pays ont disparu. La pauvreté demeure très importante, particulièrement hors de Pyongyang, et l’insécurité alimentaire touche encore certaines zones. Mais plusieurs facteurs permettent d’éclairer cette dynamique : la place centrale de la Chine dans le commerce nord-coréen, le renforcement des relations avec la Russie et l’adaptation de certains secteurs économiques aux restrictions.

Un pays durablement visé par les sanctions

Les premières sanctions américaines contre la Corée du Nord remontent à la fin de la guerre de Corée, dans les années 1950. Elles ont ensuite été considérablement renforcées dans les années 2000, après les premiers essais nucléaires nord-coréens.

Les pays occidentaux interdisent aujourd’hui la quasi-totalité de leurs échanges commerciaux avec Pyongyang, sous réserve de quelques exceptions. Les investissements sont également limités, certaines aides financières sont restreintes et des mesures visent plusieurs responsables nord-coréens, notamment par des interdictions de déplacement et le gel de comptes bancaires détenus à l’étranger.

L’objectif affiché de ces mesures est de pousser le pays à abandonner son programme nucléaire. Or, les autorités nord-coréennes n’ont pas renoncé à cet arsenal, qu’elles présentent comme indispensable à la survie du régime. Le maintien des sanctions a donc contribué à isoler durablement le pays d’une grande partie du commerce international.

Les effets économiques et sociaux de cet isolement s’inscrivent dans une histoire déjà marquée par de graves crises. Dans les années 1990, la Corée du Nord a traversé une famine dévastatrice qui aurait causé entre 600 000 et un million de morts. Depuis lors, le pays n’aurait jamais totalement réussi à produire suffisamment de nourriture pour l’ensemble de sa population.

Une croissance estimée à 3,7 % en 2024

Malgré ce contexte, la Banque de Corée estime que l’économie nord-coréenne a progressé de 3,7 % en 2024. Cette donnée doit être lue avec prudence : l’accès aux données économiques du pays est limité et les estimations extérieures restent nécessaires pour évaluer son activité.

Cette croissance est néanmoins présentée comme la plus forte depuis 2016. Certains observateurs considèrent que la conjoncture actuelle serait la plus favorable depuis l’arrivée au pouvoir du dirigeant nord-coréen, il y a environ quinze ans.

Elle ne doit pas être confondue avec un enrichissement généralisé de la population. De nombreuses organisations non gouvernementales soulignent que les habitants restent pris entre les conséquences des restrictions économiques et les choix d’un État très militarisé. Une part importante des ressources nationales est consacrée à l’armée, plutôt qu’aux infrastructures de base, à l’alimentation ou à la santé.

La Chine, partenaire commercial déterminant

La Chine constitue le principal levier extérieur de l’économie de la Corée du Nord. Les deux pays partagent une frontière, et Pékin représente l’essentiel des échanges commerciaux nord-coréens.

La Chine exporte notamment du pétrole, des matériaux de construction et des composants technologiques vers son voisin. Ces flux permettent à l’économie nord-coréenne de conserver des approvisionnements essentiels malgré les restrictions imposées par les pays occidentaux.

Ce soutien commercial expose Pékin à des tensions diplomatiques et, potentiellement, à des sanctions de représailles. La Chine semble toutefois considérer que le coût de telles mesures est limité au regard de son poids économique et politique. Sa relation avec Pyongyang reste aussi un sujet stratégique majeur dans la région, comme l’illustre la visite d’État attendue de Xi Jinping en Corée du Nord et ses enjeux.

Le rapprochement accéléré avec la Russie

Le deuxième facteur avancé pour expliquer l’amélioration de l’économie nord-coréenne est le rapprochement avec la Russie depuis le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, en février 2022.

La Corée du Nord fournit notamment des armes et des soldats à la Russie, selon les éléments rapportés. En échange, elle recevrait des technologies russes. L’Institut sud-coréen de stratégie de sécurité nationale évalue cet apport technologique à environ 10 milliards de dollars.

Au-delà de ce volet, les échanges commerciaux entre les deux pays se sont développés ces dernières années. Ce partenariat fournit à Pyongyang des débouchés et des ressources dans un environnement où ses liens économiques avec de nombreux autres États sont fortement réduits.

Le sujet s’inscrit dans le contexte plus large de la guerre en Ukraine et du renforcement des capacités militaires russes. Les évolutions de ce conflit, y compris les attaques de drones signalées contre Moscou et plusieurs régions russes, rappellent l’importance stratégique que Moscou peut accorder à ses partenariats militaires et industriels.

Construction, activité intérieure et contournement des restrictions

La progression observée ne dépendrait pas uniquement des relations avec Pékin et Moscou. Sur le plan intérieur, le marché nord-coréen aurait aussi trouvé des moyens de s’adapter aux sanctions.

La Banque de Corée souligne par exemple une hausse d’environ 12 % de l’activité de construction entre 2023 et 2024. Cette augmentation peut contribuer à soutenir l’emploi, les besoins en matériaux et l’activité des secteurs associés.

D’autres indicateurs indirects sont également évoqués. Reuters et des images satellitaires rapportent que l’éclairage nocturne du pays aurait triplé en cinq ans. Des embouteillages auraient aussi été observés sur les routes, un phénomène longtemps rare en Corée du Nord. Ces signaux ne suffisent pas à mesurer précisément le niveau de vie, mais ils peuvent refléter une activité économique, des déplacements et une consommation énergétique plus importants.

Enfin, plusieurs rapports indiquent que le régime nord-coréen aurait dérobé des milliards de dollars en cryptomonnaies par des cyberattaques visant des plateformes spécialisées. Ces sommes présumées représenteraient une source de financement supplémentaire permettant de contourner, au moins en partie, les restrictions sur les transactions internationales.

Une amélioration statistique qui ne règle pas la crise sociale

La progression estimée de l’économie de la Corée du Nord ne change pas la fragilité profonde du pays. La croissance part d’un niveau économique faible et les inégalités territoriales restent importantes, avec une situation généralement plus difficile en dehors de la capitale.

L’insécurité alimentaire demeure un enjeu central. La dépendance à des soutiens extérieurs, le poids des sanctions et la priorité accordée aux dépenses militaires limitent les capacités consacrées aux besoins essentiels de la population.

Le cas nord-coréen montre ainsi qu’un pays très isolé peut maintenir, voire accroître, une partie de son activité grâce à des partenaires déterminants et à des circuits alternatifs. Il ne permet pas pour autant de conclure à une sortie durable des difficultés économiques et sociales.

FAQ

Quelle croissance économique est estimée pour la Corée du Nord en 2024 ?

La Banque de Corée estime que l’économie nord-coréenne a progressé de 3,7 % en 2024. Il s’agirait de son rythme de croissance le plus rapide depuis 2016.

Pourquoi la Chine est-elle essentielle à l’économie nord-coréenne ?

La Chine représente l’essentiel du commerce extérieur de la Corée du Nord. Elle lui fournit notamment du pétrole, des matériaux de construction et des composants technologiques.

Quel rôle joue la Russie dans cette dynamique ?

Depuis 2022, le partenariat entre Moscou et Pyongyang s’est renforcé. La Corée du Nord fournirait des armes et des soldats à la Russie en échange de technologies, tandis que les échanges commerciaux bilatéraux se développent.

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