Xi Jinping attendu en Corée du Nord : les enjeux d’une visite avec Kim Jong-un

Pékin cherche à préserver son influence sur Pyongyang, alors que la Corée du Nord renforce son arsenal nucléaire et ses liens avec la Russie.
Xi Jinping doit effectuer une visite d’État en Corée du Nord, avec une rencontre prévue avec Kim Jong-un. Ce déplacement, le premier du président chinois dans le pays depuis 2019, intervient alors que Pyongyang affirme vouloir accélérer le renforcement de ses forces nucléaires et consolide son rapprochement avec la Russie.
Pour Pékin, l’enjeu est double : conserver une influence déterminante sur son voisin tout en limitant les risques de déstabilisation dans une région où les États-Unis disposent d’une présence militaire importante en Corée du Sud. La Chine reste le principal soutien économique de la Corée du Nord, mais ses relations avec Pyongyang sont aussi traversées par des divergences profondes, en particulier sur le nucléaire.
Une relation historique, militaire et économique
La Chine et la Corée du Nord entretiennent des liens anciens. Après la Seconde Guerre mondiale, les deux États se sont alliés face aux États-Unis durant la guerre de Corée. Cet héritage demeure important : la Chine ne dispose que d’un seul traité de défense formel, conclu avec la Corée du Nord.
Le poids économique de Pékin est tout aussi central. La Chine constitue le principal appui économique de Pyongyang. Les exportations chinoises vers la Corée du Nord ont atteint près de 2,3 milliards de dollars l’année dernière, leur niveau le plus élevé depuis six ans.
Cette interdépendance ne signifie pas que Pékin maîtrise les choix de son voisin. La Corée du Nord reste un État essentiel pour la Chine sur le plan stratégique, notamment parce qu’elle représente un espace tampon face aux forces américaines stationnées en Corée du Sud. Mais elle mène également une politique militaire qui inquiète les autorités chinoises.
Le nucléaire nord-coréen, principal point de friction
La Chine a longtemps demandé à la Corée du Nord de renoncer à l’arme nucléaire. Pyongyang a pourtant poursuivi le développement de son arsenal et est aujourd’hui considérée comme une puissance nucléaire de fait.
Cette situation constitue une source de friction avec Pékin. Le programme nucléaire nord-coréen est perçu par la Chine comme un facteur de déstabilisation régionale, susceptible d’accroître l’attention et l’implication des États-Unis et de leurs alliés en Asie de l’Est.
Kim Jong-un a déclaré vouloir renforcer les forces nucléaires nord-coréennes à un rythme « exponentiel ». Dans ce contexte, la visite de Xi Jinping pourrait être l’occasion pour la Chine d’encourager un dialogue régional et de tenter de réduire les tensions, sans remettre publiquement en cause l’alliance historique entre les deux pays.
La question de la sécurité dans la péninsule coréenne est également liée aux choix de Washington et de Séoul. Donald Trump a récemment demandé une forte réduction des exercices militaires menés avec la Corée du Sud, tout en disant envisager une nouvelle rencontre avec Kim Jong-un. Les enjeux de cette réduction des exercices américano-sud-coréens illustrent la sensibilité de l’équilibre militaire régional.
Le rapprochement entre Pyongyang et Moscou rebat les cartes
La relation entre la Corée du Nord et la Russie s’est fortement resserrée depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par Moscou, en février 2022. Selon les éléments disponibles, Pyongyang a envoyé certains de ses soldats en échange d’une aide russe, notamment dans le domaine des technologies militaires.
La signature, en 2024, d’un pacte de défense mutuelle entre la Russie et la Corée du Nord a renforcé cette dynamique. Pour Kim Jong-un, ce partenariat offre un nouvel appui international. Pour la Chine, il réduit potentiellement la dépendance nord-coréenne à l’égard de Pékin.
La Chine est elle-même officiellement proche de la Russie. Toutefois, un approfondissement des liens entre Moscou et Pyongyang peut limiter la capacité de Pékin à peser sur les décisions nord-coréennes. La difficulté pour les autorités chinoises consiste donc à ne pas perdre un partenaire stratégique, sans encourager une politique qui accentuerait l’instabilité régionale.
Pékin veut préserver son rôle de puissance stabilisatrice
La stratégie chinoise repose sur un paradoxe. Pékin souhaite éviter l’isolement total de la Corée du Nord, car celui-ci pourrait accroître les tensions et l’imprévisibilité du régime. Mais la Chine ne souhaite pas non plus que Pyongyang gagne une trop grande autonomie grâce à ses liens avec la Russie ou à la progression de son arsenal nucléaire.
La visite de Xi Jinping pourrait ainsi viser à ramener davantage la Corée du Nord dans l’orbite chinoise, notamment par l’évocation de nouveaux partenariats économiques. De tels engagements pourraient constituer un levier pour inciter Pyongyang à adopter une ligne moins déstabilisatrice vis-à-vis de ses voisins.
La Chine pourrait également chercher à se présenter comme un acteur capable de favoriser une baisse des tensions dans la région. Cette posture s’inscrit dans une rivalité plus large avec les États-Unis, dont la présence militaire en Asie et les dispositifs de défense antimissile sont suivis de près par Pékin.
Washington poursuit notamment le projet Golden Dome, un système de défense antimissile voulu par Donald Trump, qui repose entre autres sur des capacités de détection spatiale et de communications sécurisées. Le projet Golden Dome et ses ambitions antimissiles s’inscrivent dans un environnement stratégique observé attentivement par la Chine comme par la Corée du Nord.
Le Japon et Taïwan parmi les dossiers régionaux
Les discussions entre Xi Jinping et Kim Jong-un devraient aussi aborder l’évolution du contexte sécuritaire asiatique. Le Japon développe davantage son arsenal militaire, ce qui est perçu par la Chine comme un frein potentiel à ses ambitions concernant Taïwan, que Pékin considère comme son territoire.
Les tensions autour de Taïwan occupent une place croissante dans les équilibres régionaux. Elles se combinent aux questions nucléaires nord-coréennes, au rapprochement russo-nord-coréen et à la présence américaine en Corée du Sud et dans le Pacifique.
Rien ne permet toutefois d’affirmer que cette visite modifiera la trajectoire de Pyongyang. La Corée du Nord pourrait poursuivre le développement de ses capacités militaires et son partenariat avec Moscou. Pour Pékin, l’objectif immédiat semble surtout de rappeler que la Chine reste un interlocuteur indispensable pour son voisin nord-coréen.
FAQ
Pourquoi la visite de Xi Jinping en Corée du Nord est-elle importante ?
Il s’agit de la première visite de Xi Jinping en Corée du Nord depuis 2019. Elle intervient alors que Pyongyang renforce son arsenal nucléaire et ses relations avec la Russie, deux évolutions susceptibles de réduire l’influence de la Chine.
Quel est le principal désaccord entre Pékin et Pyongyang ?
Le programme nucléaire nord-coréen constitue le principal point de friction. La Chine a longtemps demandé à la Corée du Nord de renoncer à l’arme nucléaire, tout en restant son principal soutien économique et son unique allié lié par un traité de défense formel.
Pourquoi le rapprochement entre la Russie et la Corée du Nord préoccupe-t-il la Chine ?
Le pacte de défense mutuelle signé en 2024 et les coopérations militaires évoquées entre Moscou et Pyongyang donnent à la Corée du Nord un nouvel appui. Cela peut diminuer sa dépendance envers la Chine et limiter la capacité de Pékin à exercer son influence.



