Température des océans : pourquoi les records de chaleur en juin inquiètent les scientifiques

La température moyenne à la surface des océans a atteint 21 °C en juin, un niveau record qui alerte sur les effets en chaîne du réchauffement climatique.
Les océans ont enregistré un nouveau record de chaleur en juin. La température moyenne à leur surface a atteint 21 °C, selon l’observatoire européen Copernicus, contre 20,89 °C pour le précédent record de juin 2024. Cet écart de quelques dixièmes de degré peut sembler limité. À l’échelle des océans, qui couvrent environ les deux tiers de la planète, il constitue pourtant un signal suivi avec une grande attention.
Ce qui préoccupe les scientifiques n’est pas seulement ce pic ponctuel. Il s’inscrit dans une succession de records sur terre comme en mer, dans un contexte de réchauffement climatique lié aux activités humaines. La chaleur accumulée dans l’océan influence les écosystèmes marins, le niveau des mers et les phénomènes météorologiques qui touchent les continents.
Pourquoi une faible hausse de la température des océans a de grandes conséquences
Une température moyenne mondiale ne décrit pas toutes les différences locales. Mais lorsqu’elle progresse, même de quelques dixièmes de degré, elle peut favoriser des vagues de chaleur marines plus intenses. Ces épisodes de chaleur prolongée dans l’eau peuvent affecter fortement les coraux et accroître la mortalité des poissons.
Le réchauffement océanique s’ajoute aussi aux autres conséquences associées au changement climatique, parmi lesquelles la fonte des glaces et l’élévation du niveau de la mer. Ces phénomènes ne dépendent pas d’un seul indicateur, mais la hausse durable de la température de l’océan en est une composante majeure.
Les océans ne sont donc pas uniquement des victimes du réchauffement : ils jouent aussi un rôle déterminant dans la régulation du climat. Depuis le début de l’ère préindustrielle, autour de 1850, ils auraient absorbé environ 90 % de l’excès de chaleur généré par les activités humaines. Sans cette absorption, les températures de l’air sur les continents seraient déjà beaucoup plus élevées.
Un puits de chaleur et de CO2 qui ne peut pas absorber indéfiniment
L’océan absorbe une part importante de la chaleur, mais aussi du dioxyde de carbone présent dans l’atmosphère. Il agit ainsi comme un puits de chaleur et de CO2, deux éléments centraux dans l’évolution du climat mondial.
Cette fonction a toutefois une limite : plus l’eau se réchauffe, moins elle peut dissoudre de CO2. La chaleur retenue dans l’océan reste également stockée dans l’eau et contribue à augmenter les températures en surface. Les études évoquées suggèrent que la capacité des océans à absorber la chaleur et le dioxyde de carbone pourrait diminuer avec la poursuite de leur réchauffement.
Le risque, à terme, serait une forme de saturation progressive de ce système naturel qui a jusqu’ici limité une partie du réchauffement de l’air. Une moindre absorption de chaleur et de CO2 par les océans pourrait alors amplifier encore le réchauffement climatique. Ce scénario n’est pas présenté comme déjà atteint, mais il explique pourquoi chaque hausse supplémentaire est surveillée.
Des océans plus chauds peuvent modifier les pluies et renforcer les tempêtes
Lorsque l’eau de mer est plus chaude, elle s’évapore davantage. Cette évaporation apporte plus de chaleur et d’humidité à l’air. Si cet air se condense, les conditions peuvent favoriser des tempêtes puissantes, des cyclones ou des orages.
Le réchauffement des océans peut aussi modifier la circulation de l’air autour de la planète. Dans ce cas, la répartition des précipitations peut évoluer : certaines zones habituellement très pluvieuses peuvent recevoir moins de pluie, tandis que d’autres deviennent plus humides.
Ces mécanismes illustrent le lien étroit entre l’état des mers et les événements observés sur les terres émergées. Les épisodes de chaleur extrême sur les continents s’inscrivent eux aussi dans ce contexte général. En France, les conséquences de la chaleur sur les services publics, les transports, les écoles et les hôpitaux sont déjà visibles lors des épisodes prolongés, comme le rappelle la pression exercée par la canicule sur les hôpitaux, les écoles et les transports.
Quel rôle joue El Niño dans les records marins ?
Les températures océaniques peuvent aussi varier naturellement. El Niño est l’un des phénomènes les plus connus : lorsqu’il se produit, il apporte un surplus de chaleur dans l’océan Pacifique, modifie les courants et influence l’atmosphère.
Ses effets peuvent se traduire, selon les régions, par des pluies, des sécheresses ou des incendies inhabituels. Dans un monde déjà réchauffé, les épisodes d’El Niño peuvent devenir plus intenses et plus fréquents sous l’effet du réchauffement climatique.
Pour autant, plusieurs experts soulignent que, malgré les records observés, El Niño n’en serait encore qu’à un stade relativement précoce et ne constituerait pas, à ce stade, le principal facteur des températures mondiales. Cette situation nourrit l’inquiétude : les températures océaniques atteignent déjà des niveaux élevés alors même que l’influence maximale du phénomène n’est pas décrite comme atteinte.
L’ONU a appelé les pays à se préparer aux conséquences possibles d’un retour d’El Niño, qui peuvent varier fortement d’une région à l’autre. Les risques évoqués comprennent notamment les sécheresses, les pluies torrentielles, les incendies et les cyclones, comme l’explique l’alerte de l’ONU sur le retour d’El Niño. Un épisode de très forte intensité pourrait également créer des risques climatiques, alimentaires et sanitaires jusqu’en 2027 selon les prévisions citées dans cet état des lieux des risques liés à El Niño.
Pourquoi les scientifiques évoquent un « territoire inconnu »
Face à l’ampleur des températures marines relevées, le directeur du service Copernicus sur le changement climatique a estimé que d’autres records pourraient tomber dans les mois suivants. L’expression de « territoire inconnu » renvoie à l’accumulation de niveaux de chaleur rarement, voire jamais, observés à cette échelle dans les données disponibles.
Cette incertitude ne signifie pas que tous les effets futurs peuvent être déterminés avec précision. Elle souligne plutôt que les références habituelles deviennent moins fiables lorsque les records se succèdent. Les scientifiques cherchent donc à suivre l’évolution de la température des mers, l’état des écosystèmes et les interactions entre l’océan, l’atmosphère et les événements météorologiques.
Les vagues de chaleur terrestres sont liées à plusieurs mécanismes. En France, un dôme de chaleur peut notamment favoriser la montée durable des températures. Ce phénomène naturel est amplifié par le réchauffement climatique, sans lien apparent direct avec El Niño dans les situations décrites. Pour comprendre ce mécanisme, lire pourquoi un dôme de chaleur peut provoquer des températures exceptionnelles en France.
FAQ sur le record de chaleur des océans
Quelle température moyenne a été relevée à la surface des océans en juin ?
La température moyenne à la surface des océans a atteint 21 °C en juin selon Copernicus. Le précédent record de juin était de 20,89 °C, établi en 2024.
Pourquoi les océans sont-ils essentiels pour le climat ?
Ils absorbent une grande partie de l’excès de chaleur produit par les activités humaines ainsi qu’une part du CO2 présent dans l’atmosphère. Cette fonction contribue à limiter l’augmentation des températures de l’air sur les continents.
Pourquoi le réchauffement de l’océan peut-il aggraver certains phénomènes météorologiques ?
Une eau plus chaude s’évapore davantage, ce qui augmente la chaleur et l’humidité de l’air. Lorsque cet air se condense, il peut contribuer à des conditions propices à de puissantes tempêtes, à des cyclones ou à des orages.



