Russie et Chine : ce que l’on sait des entraînements aux menaces nucléaires, chimiques et biologiques

Des informations attribuées à Reuters font état d’une formation conjointe à Pékin destinée à préparer des militaires russes et chinois à évoluer dans un environnement contaminé.
La Russie et la Chine renforcent depuis plusieurs années leur coopération militaire. Selon des informations rapportées par Reuters, ce rapprochement inclurait désormais des formations consacrées aux menaces nucléaires, radiologiques, biologiques et chimiques, souvent désignées par l’acronyme NRBC.
L’enjeu de ces entraînements ne serait pas d’apprendre à employer l’arme nucléaire, mais de préparer les forces à détecter une contamination, à s’en protéger et à continuer d’opérer dans un environnement rendu dangereux par des radiations ou des substances toxiques. Les deux pays démentent l’existence de cette formation. La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, en a toutefois confirmé la tenue, selon les éléments rapportés.
Une formation de trois semaines à Pékin, selon Reuters
Reuters affirme avoir consulté des documents et recueilli les propos de deux responsables européens anonymes concernant une formation organisée à Pékin en novembre. Au moins quatre généraux russes et chinois, ainsi que des soldats, y auraient participé pendant trois semaines.
Le programme aurait porté sur les menaces nucléaires, radiologiques, biologiques et chimiques. Les militaires russes auraient notamment été initiés aux techniques de reconnaissance chimique et radiologique, c’est-à-dire aux méthodes permettant d’identifier la présence d’agents dangereux ou de radiations dans une zone.
La formation aurait également abordé la protection des systèmes de ventilation contre la contamination. Ce volet est important dans un environnement NRBC : les réseaux de ventilation peuvent devenir une voie de pénétration de particules radioactives ou de substances toxiques dans des véhicules, bâtiments ou installations.
Des photographies consultées par Reuters montreraient par ailleurs des militaires russes étudiant une maquette de réacteurs nucléaires sous la supervision d’instructeurs chinois. Ces éléments, s’ils sont avérés, décrivent une coopération technique ciblée sur la survie et l’action militaire dans une zone contaminée.
Pourquoi s’entraîner à opérer en milieu contaminé ?
Un entraînement NRBC ne signifie pas à lui seul qu’une guerre nucléaire, chimique ou biologique est imminente. Il répond aussi à un impératif militaire plus général : maintenir la capacité des forces à reconnaître un danger, à réduire leur exposition et à poursuivre certaines missions lorsque l’environnement est dégradé.
L’expérience de la zone d’exclusion de Tchernobyl illustre concrètement ce type de risque. Au début de l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine, en février 2022, des soldats russes ont occupé pendant plus d’un mois ce secteur où les activités humaines sont limitées en raison des radiations. Ils ont ensuite été évacués sur fond de soupçons de contamination radioactive.
Cette situation ne relève pas nécessairement d’un scénario de frappe nucléaire. Elle montre qu’une force militaire peut être confrontée à des risques radiologiques préexistants, y compris sur un théâtre de guerre conventionnelle. Des compétences de détection, de protection et de gestion de la contamination peuvent donc avoir une utilité opérationnelle directe.
Dans le conflit en Ukraine, les capacités de frappe à longue distance et les enjeux de protection des infrastructures restent centraux. L’attaque de drones contre Moscou et plusieurs régions russes a notamment rappelé l’importance prise par les menaces visant l’arrière des zones de combat.
Un rapprochement militaire russo-chinois déjà visible
La Russie et la Chine affichent depuis 2019 un « partenariat stratégique global ». Plusieurs analystes y voient une forme d’alliance de fait, sans qu’il s’agisse pour autant d’une alliance militaire formelle connue du public.
Ce partenariat repose sur des intérêts complémentaires souvent mis en avant : la Russie dispose d’une expérience militaire de terrain et d’une expertise nucléaire importante, tandis que la Chine peut apporter un soutien économique et technologique à Moscou.
La coopération se manifeste aussi par des exercices conjoints. En août 2025, les deux pays ont mené un exercice naval et aérien d’ampleur près de Vladivostok, dans l’Extrême-Orient russe, à proximité de la frontière chinoise.
Reuters avait également révélé l’existence d’un accord sur diverses formations confidentielles. D’après les documents cités, près de 200 militaires russes auraient été formés en Chine à la fin de l’année précédente, principalement sur l’emploi des drones, avant de retourner combattre en Ukraine.
Ce rapprochement régional est observé au-delà du seul cadre russo-chinois. La Chine cherche aussi à préserver son rôle auprès de la Corée du Nord, dans un contexte marqué par le programme nucléaire de Pyongyang et ses liens renforcés avec Moscou. Ces enjeux sont détaillés dans notre article sur les enjeux de la rencontre entre Xi Jinping et Kim Jong-un.
Des questions sur les armes chimiques, sans preuve publique
La révélation de cette formation a suscité des interrogations sur une éventuelle préparation de la Russie et de la Chine à l’emploi ou à la présence d’armes chimiques. À ce stade, les éléments rapportés ne constituent pas une preuve publique que ces deux pays disposent de telles armes ou prévoient de les utiliser.
La prudence est donc nécessaire. Une formation à la détection et à la protection NRBC peut correspondre à une logique défensive ou de préparation à un environnement où de telles substances seraient employées par un adversaire. Elle peut aussi nourrir des inquiétudes, compte tenu du contexte international et des accusations déjà formulées contre Moscou.
Les États-Unis ont ainsi accusé la Russie d’avoir utilisé de la chloropicrine contre l’armée ukrainienne. Cet agent chimique est interdit comme arme de guerre par la Convention sur l’interdiction des armes chimiques. La Russie et la Chine, de leur côté, nient officiellement l’existence de la formation évoquée.
La question dépasse donc le contenu technique d’un stage militaire. Elle touche à la transparence des coopérations de défense, au respect des interdictions internationales et au niveau réel d’implication chinoise dans la guerre menée par la Russie en Ukraine.
Quel rôle la Chine joue-t-elle dans l’effort de guerre russe ?
Pékin se présente comme neutre dans le conflit. Toutefois, plusieurs responsables et élus européens estiment que les formations de militaires russes en Chine, si elles sont établies, montreraient une implication plus directe que celle affichée officiellement.
La Chine est aussi considérée par de nombreux observateurs comme un facilitateur majeur de l’effort de guerre russe. Elle continue d’acheter de l’énergie et des matières premières à la Russie, tout en exportant vers ce pays des biens et des technologies considérés comme essentiels. Ces flux contribuent aux ressources dont Moscou dispose pour financer sa guerre.
Cette situation alimente les appels de certains élus européens à renforcer les sanctions occidentales contre la Chine. Il s’agit d’une position politique portée par ces élus, dans un contexte où les informations disponibles restent contestées par les gouvernements russe et chinois.
FAQ
Que recouvre l’expression « menaces NRBC » ?
Elle désigne les menaces nucléaires, radiologiques, biologiques et chimiques. Les formations associées peuvent concerner la détection de la contamination, la protection des personnels et le maintien des opérations dans un milieu dangereux.
La formation rapportée signifie-t-elle qu’une guerre nucléaire se prépare ?
Non. Les informations disponibles décrivent un entraînement à l’action en environnement contaminé, et non un apprentissage de l’emploi de l’arme nucléaire. Elles ne permettent pas de conclure à l’imminence d’une guerre nucléaire, chimique ou biologique.
La Russie et la Chine reconnaissent-elles cette coopération ?
Les deux pays nient officiellement la formation évoquée. Reuters indique toutefois avoir obtenu des documents et des témoignages de responsables européens anonymes, tandis que Kaja Kallas en aurait confirmé la tenue.



