France-Algérie : le dialogue reprend après deux ans de crise

Après une période de fortes tensions, Paris et Alger relancent des échanges sur la justice, les extraditions et la criminalité organisée, sans régler tous les différends.
Après près de deux ans de fortes tensions, la France et l’Algérie donnent des signes de reprise du dialogue. Plusieurs déplacements ministériels, le retour annoncé de l’ambassadeur français à Alger et la relance d’échanges sur des dossiers judiciaires montrent une volonté d’apaisement. Cette évolution ne signifie toutefois pas que les principaux différends entre les deux pays sont réglés.
Les relations franco-algériennes restent marquées par une histoire commune lourde, de la colonisation française de l’Algérie jusqu’à l’indépendance du pays en 1962, obtenue après huit années de guerre. La crise récente s’est principalement cristallisée autour du Sahara occidental, avant de s’étendre à d’autres sujets, notamment migratoires, judiciaires et politiques.
Le Sahara occidental, point de départ de la crise récente
Les relations entre Paris et Alger se sont nettement dégradées à partir de l’été 2024. La décision d’Emmanuel Macron de reconnaître la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental a constitué le principal déclencheur de cette crise.
Le Sahara occidental est un territoire revendiqué par le Maroc, mais également par le Front Polisario, un mouvement indépendantiste soutenu par l’Algérie. Son statut demeure officiellement non résolu selon l’ONU. Plusieurs pays ont cependant exprimé leur soutien à une administration marocaine du territoire, parmi lesquels les États-Unis en 2020, puis l’Espagne, l’Allemagne, le Royaume-Uni et la France.
Alger s’est opposée frontalement à la position française. Dans la foulée, l’Algérie a rappelé son ambassadeur en poste à Paris. La France a également rappelé son ambassadeur alors présent en Algérie. Ce mouvement diplomatique a ouvert une période de refroidissement particulièrement marqué entre les deux capitales.
Des tensions élargies à l’immigration et aux affaires judiciaires
La question du Sahara occidental n’a pas été le seul facteur de crispation. Plusieurs dossiers sont venus alourdir les relations bilatérales au cours des mois suivants.
L’arrestation de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, qui avait notamment remis en cause les frontières de l’Algérie, a été un sujet de tension important avant sa libération. Les deux États se sont aussi opposés sur la situation de ressortissants algériens présents en France sans titre de séjour. Paris souhaitait leur retour en Algérie, tandis qu’Alger refusait alors de coopérer sur ce point.
Ces dossiers ont nourri un débat politique en France sur la ligne à adopter envers l’Algérie. Certains responsables défendaient une position plus ferme, quand d’autres plaidaient pour une reprise des contacts. Fin avril, Emmanuel Macron a critiqué ceux qui souhaitaient rompre avec Alger, déclarant que les « maboules qui veulent se fâcher avec l’Algérie » ne servaient pas l’intérêt du pays.
Le 10 mai, le président français a ensuite estimé que les derniers mois avaient causé « beaucoup de tort » à la France comme à l’Algérie. Il a jugé qu’il n’était pas dans l’intérêt des deux pays de prolonger cette situation par des « postures de politique intérieure ».
Plusieurs signaux en faveur d’un apaisement
La reprise des contacts s’est traduite par une série de déplacements officiels. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez s’est rendu en Algérie en février, une première visite à ce niveau depuis 2022. Le 8 mai, la ministre déléguée aux Armées Alice Rufo s’y est également rendue.
Gérald Darmanin, ministre de la Justice, a ensuite effectué un déplacement en Algérie. À cette occasion, il a annoncé avec son homologue algérien que les deux pays allaient à nouveau travailler ensemble sur plusieurs dossiers, dont les extraditions et les affaires sensibles liées à la criminalité organisée.
Le retour de l’ambassadeur de France en Algérie, annoncé début mai, s’inscrit dans la même dynamique. Après des mois de relations dégradées, ce retour vise à restaurer un canal diplomatique régulier entre les deux gouvernements.
Cette volonté de dialogue peut s’expliquer par les intérêts communs des deux pays. Malgré les tensions, la France et l’Algérie restent des partenaires économiques importants. La coopération judiciaire, les enjeux migratoires et la lutte contre la criminalité organisée constituent également des sujets concrets sur lesquels les autorités ont intérêt à maintenir des échanges.
Le changement de contexte politique français peut aussi avoir compté. Bruno Retailleau, qui défendait une ligne plus ferme envers l’Algérie lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, a quitté le gouvernement en octobre 2025. Son départ est présenté comme l’un des éléments susceptibles de faciliter une approche moins conflictuelle.
Le cas de Christophe Glaz reste un dossier central
Plusieurs points sensibles restent néanmoins en suspens, à commencer par le sort du journaliste sportif français Christophe Glaz. Arrêté en Algérie en mai 2024, il a été condamné à sept ans de prison pour apologie du terrorisme.
Les autorités algériennes lui reprochent notamment d’avoir été en contact avec un dirigeant de la Jeunesse sportive de Kabylie. Ce responsable est aussi présenté comme l’un des dirigeants du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie, une organisation classée comme terroriste par les autorités algériennes.
La France conteste la condamnation et considère que les activités de Christophe Glaz relèvent de la liberté de la presse. Son dossier apparaît donc comme un enjeu majeur des échanges en cours. Le président algérien dispose, selon les éléments connus, de la possibilité de le gracier.
À l’issue de son déplacement, Gérald Darmanin a salué des échanges qu’il a qualifiés d’« extrêmement forts » et s’est dit rassuré par les conditions de traitement du journaliste en Algérie. Ces déclarations ne préjugent toutefois pas de l’issue du dossier.
Une normalisation encore partielle
La reprise du dialogue ne constitue pas un règlement global de la crise franco-algérienne. La divergence sur le Sahara occidental demeure, tout comme les désaccords sur les questions migratoires et certains dossiers judiciaires. Les rencontres attendues en France dans les jours suivants devront préciser la portée concrète de ce rapprochement.
Cette séquence illustre plus largement la difficulté des relations entre États lorsqu’elles mêlent mémoire, intérêts économiques, questions de sécurité et rivalités régionales. D’autres partenariats internationaux montrent également combien le statut et la forme de la coopération peuvent être déterminants, comme l’illustre le débat sur un éventuel statut de membre associé du Canada auprès de l’Union européenne.
Pour la France, la politique étrangère et les choix de sécurité continuent d’ailleurs de faire l’objet de débats internes, notamment autour du réarmement annoncé par Emmanuel Macron. Dans le cas algérien, la reprise des discussions traduit surtout une reconnaissance partagée de la nécessité de rétablir des canaux de travail, sans effacer les désaccords de fond.
FAQ
Pourquoi la France et l’Algérie se sont-elles brouillées ?
La crise s’est aggravée à partir de l’été 2024 après la reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, une position rejetée par l’Algérie, qui soutient le Front Polisario.
Sur quels sujets Paris et Alger veulent-ils de nouveau coopérer ?
Les deux pays ont annoncé une reprise du travail sur les extraditions, certains dossiers judiciaires et les questions liées à la criminalité organisée.
La crise diplomatique est-elle terminée ?
Les contacts officiels et les déplacements ministériels signalent un apaisement, mais les différends sur le Sahara occidental, l’immigration et le dossier de Christophe Glaz ne sont pas résolus.



