Pourquoi Donald Trump relance le dossier des Malouines entre l’Argentine et le Royaume-Uni

Le possible réexamen de la position américaine intervient alors que Buenos Aires durcit ses mesures contre les activités pétrolières autour de l’archipel.
Le dossier des îles Malouines revient au premier plan entre l’Argentine et le Royaume-Uni. L’archipel, appelé Falkland Islands par Londres et Malvinas par Buenos Aires, est administré par le Royaume-Uni mais revendiqué par l’Argentine depuis près de deux siècles.
Cette nouvelle phase de tensions mêle un projet pétrolier, des sanctions envisagées par le gouvernement argentin et une déclaration de Donald Trump sur la possibilité de revoir la position historique des États-Unis. À ce stade, Washington n’a toutefois pas modifié sa position officielle.
Les Malouines, un archipel au cœur d’un différend de souveraineté
Situées dans l’Atlantique Sud, au sud-est de l’Argentine, les Malouines forment un archipel composé de deux grandes îles et comptent un peu plus de 3 500 habitants. Le Royaume-Uni y exerce aujourd’hui l’administration, tandis que l’Argentine conteste cette souveraineté.
Le différend remonte à la période coloniale. Les îles, officiellement inhabitées lorsqu’elles ont été repérées par des navigateurs européens entre le XVe et le XVIIe siècle, accueillent deux colonies distinctes à partir de 1764 : l’une française, l’autre britannique.
En 1767, la France cède sa colonie à l’Espagne à la suite d’un accord. Les tensions entre Espagnols et Britanniques ne permettent cependant pas de régler l’attribution de l’archipel. En 1774, le Royaume-Uni quitte les îles pour des raisons économiques et stratégiques, tout en laissant une plaque affirmant qu’il ne renonce pas à sa souveraineté.
Les Espagnols restent présents jusqu’en 1811. À cette époque, le territoire de l’actuelle Argentine appartient encore à l’Empire espagnol. Après son indépendance, proclamée en 1816, l’Argentine considère avoir hérité des territoires administrés par l’Espagne dans la région, dont les Malouines.
Buenos Aires s’installe alors sur l’archipel jusqu’en 1833. Cette année-là, après une intervention américaine liée à un autre différend, le Royaume-Uni revient sur place. L’Argentine affirme depuis que son administration a été expulsée par la force, tandis que Londres maintient sa revendication de souveraineté.
La guerre de 1982, un précédent toujours central
Le conflit territorial a conduit à une guerre ouverte en 1982. L’Argentine envahit alors l’archipel dans le but d’en expulser les Britanniques. Le Royaume-Uni répond en déployant ses forces armées.
Après 74 jours de combat, l’Argentine se rend. La guerre fait plus de 600 morts du côté argentin, plus de 250 du côté britannique et trois morts parmi les civils des Malouines.
Depuis cette guerre, les positions de fond sont restées inchangées. La plupart des pays occidentaux reconnaissent que le Royaume-Uni administre l’archipel. En 2013, lors d’un référendum local, 99,8 % des votants se prononcent pour le maintien du statut de territoire britannique d’outre-mer. L’Argentine conteste toutefois la portée de cette consultation et maintient que les îles relèvent de sa souveraineté.
L’ONU n’a pas tranché le différend. Elle reconnaît son existence et appelle les deux pays à rechercher une solution pacifique. Cette absence de règlement définitif explique pourquoi les tensions peuvent réapparaître à chaque décision jugée sensible par l’une des deux parties.
Le projet pétrolier ravive les tensions
La nouvelle crispation est liée au premier grand projet pétrolier envisagé autour des Malouines. Il est porté par une compagnie britannique et une compagnie israélienne.
Le Royaume-Uni juge ces installations légitimes, puisqu’il administre le territoire. L’Argentine adopte la position inverse : Buenos Aires estime que Londres ne peut pas prendre de décisions concernant l’exploitation des ressources tant que le différend de souveraineté n’est pas résolu.
Le président argentin Javier Milei a ainsi annoncé le lancement d’un décret et d’un projet de loi visant à renforcer les sanctions contre les activités non autorisées autour des Malouines. Parmi les mesures évoquées figurent l’interdiction, pour les entreprises impliquées dans l’exploitation pétrolière de la zone, de faire des affaires en Argentine, leur exclusion possible de marchés et de contrats argentins, ainsi que des poursuites judiciaires visant leurs responsables.
Le Royaume-Uni a réaffirmé, en réponse, que les Malouines sont britanniques et que son engagement envers l’archipel est « absolu et inébranlable ».
Que change la déclaration de Donald Trump ?
La question américaine ajoute une dimension internationale à ce différend bilatéral. Peu avant le durcissement annoncé par Buenos Aires, Donald Trump a déclaré ne pas exclure de revoir la position américaine historique de neutralité au sujet de l’archipel.
Cette déclaration ne constitue pas, à elle seule, un changement de politique des États-Unis. La position américaine demeure inchangée à ce stade. Mais elle est susceptible d’être interprétée comme un signal politique dans un dossier où la souveraineté est au centre de toutes les revendications.
Javier Milei et Donald Trump sont présentés comme des alliés idéologiques. Plusieurs analystes considèrent que Buenos Aires a pu voir dans cette prise de position une occasion de remettre davantage en avant sa revendication sur les Malouines.
D’autres analystes évoquent une autre lecture : Donald Trump ne chercherait pas nécessairement à soutenir directement la position argentine, mais pourrait adresser un message au Royaume-Uni. Cette interprétation est notamment reliée au fait que Londres n’a pas apporté de soutien direct à Donald Trump dans sa guerre contre l’Iran. Elle reste une analyse, et non un changement officiel de la position américaine.
Les déclarations de Washington sont particulièrement suivies lorsque les questions territoriales se combinent à des enjeux de sécurité et de ressources. Le cas du Groenland et de l’accord de sécurité annoncé par Donald Trump illustre également la place prise par les territoires stratégiques dans les rapports de force internationaux.
Un différend gelé, mais non résolu
La situation ne signifie pas qu’un conflit militaire est engagé ou imminent. Les positions officielles de l’Argentine et du Royaume-Uni ne sont pas nouvelles, et l’ONU continue d’appeler à une issue pacifique.
En revanche, le projet pétrolier et les sanctions annoncées montrent que le différend peut avoir des conséquences concrètes pour les entreprises et les activités économiques liées à l’archipel. La déclaration de Donald Trump accroît aussi l’attention portée à ce dossier, sans modifier pour le moment le cadre diplomatique américain.
Les Malouines ne sont pas le seul exemple de conflit territorial ancien resté sans règlement. Les îles Kouriles, disputées entre la Russie et le Japon, témoignent elles aussi de la persistance de litiges de souveraineté associés à des enjeux stratégiques et de ressources.
FAQ
À qui appartiennent les îles Malouines ?
Le Royaume-Uni administre les îles Malouines. L’Argentine en revendique toutefois la souveraineté et les appelle les Malvinas. L’ONU reconnaît l’existence d’un différend sans avoir tranché entre les deux positions.
Pourquoi l’Argentine et le Royaume-Uni se sont-ils affrontés en 1982 ?
En 1982, l’Argentine a envahi l’archipel afin de tenter d’en expulser le Royaume-Uni. Londres a répondu par une intervention militaire. Le conflit a duré 74 jours et s’est conclu par la reddition argentine.
Pourquoi le pétrole crée-t-il de nouvelles tensions ?
Le Royaume-Uni considère légitime l’exploitation des ressources autour d’un territoire qu’il administre. L’Argentine conteste cette position et estime qu’aucune décision de ce type ne devrait être prise avant le règlement du différend de souveraineté.
Les États-Unis ont-ils changé leur position sur les Malouines ?
Non, la position américaine reste inchangée à ce stade. Donald Trump a indiqué ne pas exclure de revoir la neutralité historique de Washington, ce qui a relancé les interrogations sur une éventuelle évolution future.



